La Réforme liturgique anglicane - Portrait de Cranmer

Un coup d’essai du diable ?


La Réforme liturgique anglicane - Portrait de Cranmer
La Réforme liturgique anglicane – Portrait de Cranmer

La réforme liturgique menée en Angleterre au XVIème siècle fut-elle un coup d’essai du diable ? On ne saurait croire autre chose à la lecture de ce livre de Michael Davies, ancien président d’Una Voce. Lorsqu’il raconte de quelle manière Cranmer, primat d’Angleterre mais protestant en secret, modifia le missel pour lui donner un sens acceptable pour les hérétiques, et tolérable pour les orthodoxes qui voulaient bien y croire, on est frappé par la ressemblance avec le missel de 1969 et de tous ses dérivés, officiels ou non. En fait, on croirait bien souvent que c’est de celui-là qu’il parle, non du Prayer Book de Cranmer.

La langue vernaculaire ? La communion sous les deux espèces ? Le remplacement de l’autel par une table ? Le refus de l’orientation ad Orientem ? L’abandon des prières au bas de l’autel ? de l’Offertoire ? de la rampe de communion ? La participation active du peuple ? L’ajout, après les mots « Ceci est mon Corps » des mots : « livré pour vous » ? Tout cela est contenu dans le Prayer Book de Cranmer.

Les Anglais, surtout du peuple, furent majoritairement opposés à ce nouveau rituel hétérodoxe, à tout le moins ambigu. Ils se révoltèrent, ils furent vaincus, et leurs enfants, baignés dans cette nouvelle messe, qui en portait le nom sans l’être encore, furent protestants. Lex orandi, lex credendi.

Terminons ce petit billet qui sort un peu des limites de ce blogue par ce poème, trouvé à la page 112, écrit par John Lydgate au début du seizième siècle, et qui était récité pendant l’élévation, du temps que l’Angleterre avait encore la foi.

Hail Jesu, our health, our ghostly food,
Hail blessed Lord here in the form of bread,
Hail, for mankind offered in the rood,
For our redemption with Thy blood made red,
Stung to the heart with a spear-head,.
Now gracious Jesu, for Thy wounds five,
Grant of Thy mercy before I be dead
Clean housel and shrift while I am alive.

Salut, ô doux Jésus, vous qui nous guérissez,
Et qui de votre chair nos âmes nourrissez.
Sous l’espèce du pain Seigneur ici présent,
Immolé sur la croix rouge de votre sang
Pour notre Rédemption ; Jésus, très doux Sauveur,
D’une lance percé jusques au fond du cœur,
Par vos cinq plaies sacrées daigne votre pitié
M’admettre au saint banquet l’âme purifiée
Avant que je ne meure, et tandis que je vis,
Absoudre de tout mal le pécheur que je suis.

La traduction n’est pas de mon fait, et, en l’absence de toute référence, il y a fort à parier qu’elle soit du traducteur, Jacques Cloarec.

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Saint Venance Fortunat lisant ses poèmes à sainte Radegonde

Crux benedicta nitet – Stances #77 – Liturgie #4 – Hymne #2


Saint Venance Fortunat lisant ses poèmes à sainte Radegonde
Saint Venance Fortunat lisant ses poèmes à sainte Radegonde

En faisant quelques recherches sur ce poème, j’ai découvert que Dom Guéranger le note comme l’hymne chantée habituellement au Vêpres du dimanche de la Passion. Heureuse coïncidence ! Voici donc une hymne de saint Venance Fortunat, moins connue que le Vexilla Regis, mais non moins intéressante, consacrée au saint arbre de la Croix.

Crux benedicta nitet, Dominus qua carne pependit,
Atque cruore suo vulnera nostra lavit ;
Mitis amore pio pro nobis victima factus,
Traxit ab ore lupi qua sacer agnus oves ;
Transfixis palmis ubi mundum a clade redemit,
Atque suo clausit funere mortis iter.
Hic manus illa fuit clavis confixa cruentis,
Quae eripuit Paulum crimine, morte Petrum.
Fertilitate potens, O dulce et nobile lignum,
Quando tuis ramis tam nova poma geris ;
Cuius odore novo defuncta cadavera surgunt,
Et redeunt vitae qui caruere die ;
Nullum uret aestus sub frondibus arboris huius,
Luna nec in nocte, sol neque meridie.
Tu plantata micas, secus est ubi cursus aquarum,
Spargis et ornatas flore recente comas.
Appensa est vitis inter tua brachia, de qua
Dulcia sanguine vina rubore fluunt.

Croix sainte, Croix bénie, ô Croix, comme tu brilles,
Toi qui de Dieu portas la Chair, sainte guenille,
Toi sur qui ruissela ce Sang qui nous lava,
Toi sur qui le Seigneur, prostré, nous releva.

Par quel profond amour s’offrit-Il en victime
Pour sauver l’enfant d’Ève et racheter ses crimes !
Voici : l’Agneau divin et transpercé de clous
Arrache les brebis à la gueule du loup.

Accroché sur le bois, Il libère le monde
Qui tombait dans le gouffre où Son absence gronde,
Et trépassant pour nous, il referme le pas
Du trépas, afin que l’homme n’y passe pas.

Voyez l’illustre main, cette main innocente,
Cette main transpercée d’une pointe sanglante :
Voyez-la tirer Paul des fureurs meurtrières,
Voyez-la de la mort tirer vers elle Pierre.

Arbre sec, mais fécond, ô doux et noble bois
Qui dans l’obscurité pour les hommes flamboie,
Je loue sans me lasser tes grands et lourds rameaux
Qui portent le seul fruit qui guérit tous nos maux.

Tu répands ton parfum, et sur toute la terre
Les cadavres puants sortent du cimetière ;
Eux qui, raides, gisaient dans l’ombre de la nuit,
Ils vivent de nouveau quand tu les éblouis.

Oh, quel astre pourrait avoir assez de flammes
Pour calciner celui qui aura mis son âme
Sous cette frondaison, cette fraîche ramée
Qu’a tressée ce Seigneur qui nous a tant aimés ?

Arbre du seul salut, ô Croix universelle,
Arbre pur et sacré qui sans cesse étincelles,
Ta chevelure d’or se répand en tous lieux
Et verse mille fleurs qui fleurent le bon Dieu.

Le fruit neuf de la vie pend à tes longues branches,
Fruit si gros et si lourd qu’elles tremblent et penchent ;
Venez boire le vin, ce rouge et riche vin
Qui s’écoule, ce sang d’un Dieu qui pour nous vint.

Jean de la Ceppede - Les Théorèmes

Super flumina Babylonis – Jean de la Ceppede


Les Théorèmes de Jean de la Ceppede
Les Théorèmes de Jean de la Ceppede

La Ceppede, poète marseillais de la fin du XVIème siècle, est connu surtout pour avoir écrit Les Théorèmes, œuvre par laquelle je l’ai découvert, et jugé, trop vite d’ailleurs. Ce recueil de sonnets me déplaisait par une tendance à la répétition digne de Péguy, une lourdeur dans l’expression qui finit par lasser. Ce n’est qu’en parcourant une anthologie de poésie religieuse qu’il m’a fallu admettre que j’avais tort : La Ceppede n’était peut-être pas un grand poète dans les sonnets que j’avais lus, mais dans d’autres poèmes, quelle ferveur, quel talent, et l’on comprend pourquoi Malherbe avait pour lui tant d’admiration. Je fais donc mon mea culpa et vous présente aujourd’hui une paraphrase du psaume 136 (137 dans les éditions modernes).

Bannis de l’air natal, quand le joug tyrannique
Nous traîna sur les bords du flot babylonique
Soupirant étonnés en ces barbares lieux,
Ton image, ô Sion, roulant par nos pensées
Rengregeait les regrets de nos joies passées,
Et détrempait le sable aux torrents de nos yeux.

Nos luths pendaient muets aux saules du rivage
Quand ceux qui triomphaient de notre dur servage
Ennuyés, offensés de nos tristes façons,
Commandent que chacun son courage ranime :
Entonnez, disaient-ils, les Hymnes de Solyme
Et nous réjouissez de vos belles chansons.

Eh, pourrions-nous chanter des chansons d’allégresse,
Ni desserrer les dents au fort de la détresse,
Qui nous porte aux abois d’un langoureux trépas ?
Comme chanterons-nous du grand Dieu les Cantiques,
Disions-nous en pleurant, hors de nos saints portiques,
Au pays étranger, qui ne le connaît pas ?

Belle et chère Salem, doux séjour de nos Pères,
Qu’ores te profanant pour plaire à ces vipères
Nous perdions le respect de ton cher souvenir,
Jà n’advienne : et plutôt restent nos mains séchées,
Plutôt soient à nos dents nos langues attachées,
Que d’avoir ce reproche aux siècles à venir.

Seigneur, ressouviens-toi des feux de cette engeance,
De ces enfants d’Edom quand ta juste vengeance
Les arma contre nous, pour nos débordements.
Foudroyons, criaient-ils, détruisons cette ville,
Attrainons après nous sa peuplade servile,
Rasons ses vieilles murs rez-pied des fondements.

Fille de Babylon, ta superbe insolence
Recevra de celui qui les foudres élance
Un traitement pareil, vengeur de ton méfait :
Heureux, par qui seront tes murailles rasées,
Et de tes enfançons les têtes écrasées,
Heureux, qui te rendra le mal que tu nous fais.

Enfin, comme vous l’avez sans doute remarqué, ce blogue a quelque peu évolué. Je songeais à ce changement depuis six mois, sans pouvoir trouver la disposition d’esprit nécessaire. C’est chose faite : bienvenue, en 2015, sur

O Crux ave spes unica !

François Fillon

Sonnet – Mathurin Régnier + Réponses à la charade d’hier


N’ayant pas eu le temps d’écrire un poème aujourd’hui, je vous offre avec les réponses à la charade d’hier, un sonnet de Mathurin Régnier. Grand poète satirique quelque peu méconnu, mais que Boileau admira fort, et cita dans son Art poétique, que Baudelaire lut beaucoup dans sa jeunesse, il écrivit des satires trop longues pour être ici présentées. Sur le tard, il se convertit, et écrivit quelques poèmes dont l’inspiration religieuse ne put se départir entièrement d’un tour d’esprit typique de l’épigramme. On pourra le constater dans ce sonnet, dont le vers contient une pointe si remarquable qu’on pourrait en déduire l’insincérité de l’auteur et, dans ce cas, un mépris profond de Dieu ; cette pointe, d’ailleurs, n’est pas sans faire penser aux quatrains bachiques d’Omar Khayyam, dont le sens licencieux ne fait pas de doute. Quant à Régnier, ses autres poèmes religieux ne conservent pas trace de cette malice, ou de cette ambiguïté.

Ô Dieu, si mes péchés irritent ta fureur,
Contrit, morne et dolent, j’espère en ta clémence.
Si mon deuil ne suffit à payer mon offense,
Que ta grâce y supplée et serve à mon erreur.

Mes esprits éperdus frissonnent de terreur,
Et, ne voyant salut que par la pénitence,
Mon cœur, comme mes yeux, s’ouvre à la repentance,
Et me hais tellement que je m’en fais horreur.

Je pleure le présent, le passé je regrette ;
Je crains à l’avenir la faute que j’ai faite ;
Dans mes rébellions je lis ton jugement.

Seigneur dont la bonté nos injures surpasse,
Comme de Père à fils uses-en doucement,
Si j’avais moins failli, moindre serait ta grâce.

Réponses à la charade d’hier.

François Fillon
François Fillon

Mon premier, étant donné que mon tout ne l’est en rien, et que ce tout est un politicien, est franc. On n’a jamais vu, ces derniers temps, une once de franchise chez ces gens-là.

Mon deuxième est fait par un vers : la soie.

Mon troisième est fille, car l’homme ne peut aimer qu’un seul type d’amazone, laquelle est une prostituée qu’on appelait aussi demi-mondaine. Le terme fille n’est plus guère employé pour désigner une prostituée, non plus qu’amazone.

Mon quatrième est on. On, en français, vient d’Homo, en latin, et ne peut exercer que la fonction de sujet. Il est très vague, étant donné qu’il peut désigner n’importe quelle autre personne, aussi bien je que tu, il, nous, vous, ou plus couramment nous, qu’il tend à supplanter.

Mon tout est un politicien : Franc-Soie-Fille-On, François Fillon.

Le couronnement du pape Célestin V (peinture anonyme du XVIème siècle)

Sur l’élection du Souverain Pontife – Joachim du Chalard


Le couronnement du pape Célestin V (peinture anonyme du XVIème siècle)
Le couronnement du pape Célestin V (peinture anonyme du XVIème siècle)

Alors qu’on apprend qu’une « team Bergoglio » se serait entendu à l’avance pour élire le nouveau Pape, il peut être bon de relativiser un peu en se rappelant que ce genre de problèmes ne date pas d’hier. Voici donc une petite épigramme qui nous vient du XVI ème siècle – je n’en sais malheureusement pas plus.

Au temps passé l’Esprit-Saint élisait
Ceux dont l’Église voulait être servie ;
En ce temps-là, vertu fruit produisait,
Car les élus étaient de sainte vie :
Mais maintenant les mondains, par envie,
Ont usurpé la sainte élection,
Dont s’est ensui l’humaine affection ;
Et par ainsi tous vices procédés
Sont des Pasteurs qui nous sont concédés,
Par les chevaux, par la poste & par dons.
Trop mieux vaudrait les élire à trois dés,
Car, à l’hasard, ils pourraient être bons.

Voltaire

Contre Lefranc de Pompignan – Voltaire


Voltaire
Voltaire

Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, poète du XVIIème siècle, avait eu le malheur d’attaquer le parti philosophique lors de son discours à l’Académie Française. Voici donc une épigramme (une des nombreuses) que Voltaire fit contre lui.

Savez-vous pourquoi Jérémie
A tant pleuré durant sa vie ?
C’est qu’en prophète il prédisait
Qu’un jour Lefranc le traduirait.

Ponce-Denis Écouchard Le Brun

Contre un voleur de poèmes – Ponce-Denis Écouchard Le Brun


 Ponce-Denis Écouchard Le Brun
Ponce-Denis Écouchard Le Brun

Ponce-Denis Écouchard Le Brun fut un poète fameux en son temps : membre de l’Académie Française, il eut droit au surnom de Pindare français. Bien oublié, il nous a laissé des odes et, ce qui nous intéresse davantage, plus de 600 épigrammes ! En voici une contre un poète qui s’était attribué ses vers.

Cléon aime les vers, et même un peu les miens ;
Car il les prend : jamais je ne prendrai les siens.

"Le Poète Piron à table avec ses amis Vadé et Collé" Piron est au centre

Contre Fréron – Alexis Piron


"Le Poète Piron à table avec ses amis Vadé et Collé" Piron est au centre
« Le Poète Piron à table avec ses amis Vadé et Collé »
Piron est au centre

Alexis Piron, auteur d’épigrammes, de comédies et d’une célèbre Ode à Priape qui lui valut la gloire autant que le déshonneur, n’aimait, pas plus que Voltaire dont il était pourtant l’ennemi, un poète du nom de Jean Fréron qu’il a accablé plusieurs fois de sa verve et de ses vers. En voici un petit exemple :

Fréron, de goût parle sans cesse,
Lui demandez-vous ce que c’est ?
Il dit : C’est…un… je ne sais qu’est-ce…
Prend du tabac, tousse et se tait.
A le dire, moi, je suis prêt,
Et pour cela mon éloquence
Ne se mettra guère en dépense :
Pensez, écrivez autrement
Que Fréron n’écrit et ne pense,
Et vous y voilà justement.

Masque d'Arlequin

Sur l’abbé de la Tour du Pin


Masque d'Arlequin
Masque d’Arlequin

Voici une excellente épigramme dégotée dans un site que je viens de découvrir et que je vous recommande. L’abbé Jacques de la Tour du Pin de la Charge avait attiré sur lui l’attention publique par le Panégyrique de saint Louis qu’il avait lu devant l’Académie française. Je ne sais si cet abbé était lié au poète Patrice de la Tour du Pin.

Sur l’abbé de la Tour Dupin

Monsieur l’abbé La Tour Dupin
Aurait dû, dit certain caustique,
Apprendre un rôle d’Arlequin
Au lieu d’un rôle évangélique.
Oh ! point du tout, dit un abbé,
Il aurait fait une sottise :
Au théâtre on l’aurait sifflé,
On ne siffle point à l’Église.

Pétrarque

Se voi poteste… – Pétrarque


Pétrarque
Pétrarque

La semaine dernière, j’ai dû mettre en rimes françaises un sonnet de Pétrarque. La hâte que j’y ai mise explique la relative distance entre le poème original et la version que j’en donne ; néanmoins, il me semble avoir respecté l’esprit général. Pour les curieux, il s’agit de la pièce numéro 64 du Canzoniere.

Se voi poteste per turbati segni,
per chinar gli occhi, o per piegar la testa,
o per esser piú d’altra al fuggir presta,
torcendo ’l viso a’ preghi honesti et degni,

uscir già mai, over per altri ingegni,
del petto ove dal primo lauro innesta
Amor piú rami, i’ direi ben che questa
fosse giusta cagione a’ vostri sdegni:

ché gentil pianta in arido terreno
par che si disconvenga, et però lieta
naturalmente quindi si diparte;

ma poi vostro destino a voi pur vieta
l’esser altrove, provedete almeno
di non star sempre in odïosa parte.

Prenez, si vous voulez, de grands airs de fureur,
Détournez donc la tête, abaissez vos beaux yeux,
Et soyez la plus prompte à me fuir sans adieu,
A ravir vos doux traits à mes vœux pleins d’honneur ;

Vous ne parviendrez point à sortir de mon cœur
Où le premier laurier, ce laurier merveilleux,
Croît, vivifié d’amour, de maints rameaux précieux ;
Lors, pourquoi me contraindre à souffrir vos rigueurs ?

Dans une terre aride, un arbuste gentil
Ne trouve point asile, et quitte plein de liesse
Cet endroit infécond dont il aurait pâti.

Le sort vous a donné l’interdiction expresse
D’abandonner mon cœur pour un autre pays :
Ne demeurez donc pas dans un séjour haï.

Buste de Racine

Sur le Germanicus de Pradon – Jean Racine.


Buste de Racine
Buste de Racine

Racine, si supérieur à Boileau en règle générale, lui est très inférieur en matière d’épigrammes, me semble-t-il : on ne fait que sourire à le lire parce que ses pointes ont déjà été trouvées par d’autres avant lui. Celle d’aujourd’hui porte sur le Germanicus de Pradon, jouée pour la première fois en 1694 ; on se souviendra que c’est la Phèdre de Pradon qui poussa Racine à l’amertume de la retraite.

Que je plains le destin du grand Germanicus !
Quel fut le prix de ses rares vertus !
Persécuté par le cruel Tibère,
Empoisonné par le traître Pison,
Il ne lui restait plus, pour dernière misère,
Que d’être chanté par Pradon.

Jean de La Fontaine

Epitaphe d’un paresseux – Jean de La Fontaine


Jean de La Fontaine
Jean de La Fontaine

Le paresseux dont il est question dans cette épigramme est l’auteur lui-même, mais il ne faut pas le croire : nul ne fut moins paresseux que La Fontaine, et ce poème est un joli chef-d’œuvre qui en témoigne assez. J’ai appris qu’il en existait plusieurs versions ; vous trouverez les variantes en notes.

Jean s’en alla comme il était venu,
Mangea le fonds avec le revenu,
Tint les trésors chose peu nécessaire1.
Quant à son temps, bien le sut dispenser2 :
Deux parts en fit, dont il soulait3 passer
L’une à dormir et l’autre à ne rien faire.

1 On trouve également :

Mangea le fonds après le revenu.
Tint le travail chose peu nécessaire.

et :

Mangeant son fonds après le revenu,
Croyant le bien chose peu nécessaire.

2 On trouve aussi :

Bien le sut dépenser.

3 Souloir : du latin solere, avoir coutume de. Littré déplore l’abandon de ce mot si commode.

Clément Marot

A Jan Jan – Clément Marot


Clément Marot
Clément Marot

Voici une épigramme de l’un de nos poètes les plus légers, Clément Marot. Je crois qu’elle est inspirée d’un poème de Martial, mais je n’arrive pas à remettre la main sur ce dernier.

Tu as tout seul, Jan Jan, vignes et prés,
Tu as tout seul ton or, pécule et biens,
Tu as tout seul tes maisons décorées,
Là où de simples vivants n’ont rien.

Tu as tout seul l’éclat de ta fortune,
Tu as tout seul fait de riches repas,
Tu as tout seul toutes choses, sauf une,
C’est que tout seul, ta femme tu n’as pas.

Voltaire

Sur l’évêque de Mirepoix – Voltaire


Voltaire
Voltaire

Le diocèse de Mirepoix a été supprimé par la clique révolutionnaire en 1790. L’évêque dont il est question est Jean-François Boyer, adversaire des jansénistes et des philosophes, qui eut souvent maille à partir avec Voltaire, tentant notamment d’empêcher son élection à l’Académie. Cette épigramme est numérotée XXX des œuvres complètes de Voltaire.

Sur Boyer, évêque de Mirepoix,
qui aspirait au cardinalat

En vain la Fortune s’apprête
A t’orner d’un lustre nouveau;
Plus ton destin deviendra beau,
Et plus tu nous paraîtras bête.
Benoît donne bien un chapeau,
Mais il ne donne point de tête.