Pétrarque

Se voi poteste… – Pétrarque


Pétrarque
Pétrarque

La semaine dernière, j’ai dû mettre en rimes françaises un sonnet de Pétrarque. La hâte que j’y ai mise explique la relative distance entre le poème original et la version que j’en donne ; néanmoins, il me semble avoir respecté l’esprit général. Pour les curieux, il s’agit de la pièce numéro 64 du Canzoniere.

Se voi poteste per turbati segni,
per chinar gli occhi, o per piegar la testa,
o per esser piú d’altra al fuggir presta,
torcendo ’l viso a’ preghi honesti et degni,

uscir già mai, over per altri ingegni,
del petto ove dal primo lauro innesta
Amor piú rami, i’ direi ben che questa
fosse giusta cagione a’ vostri sdegni:

ché gentil pianta in arido terreno
par che si disconvenga, et però lieta
naturalmente quindi si diparte;

ma poi vostro destino a voi pur vieta
l’esser altrove, provedete almeno
di non star sempre in odïosa parte.

Prenez, si vous voulez, de grands airs de fureur,
Détournez donc la tête, abaissez vos beaux yeux,
Et soyez la plus prompte à me fuir sans adieu,
A ravir vos doux traits à mes vœux pleins d’honneur ;

Vous ne parviendrez point à sortir de mon cœur
Où le premier laurier, ce laurier merveilleux,
Croît, vivifié d’amour, de maints rameaux précieux ;
Lors, pourquoi me contraindre à souffrir vos rigueurs ?

Dans une terre aride, un arbuste gentil
Ne trouve point asile, et quitte plein de liesse
Cet endroit infécond dont il aurait pâti.

Le sort vous a donné l’interdiction expresse
D’abandonner mon cœur pour un autre pays :
Ne demeurez donc pas dans un séjour haï.

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