Le Bon Pasteur (attribué à Philippe de Champaigne) - CC Yelkrokoyade

Confiance ! – Ballade


Le Bon Pasteur (attribué à Philippe de Champaigne) - CC Yelkrokoyade
Le Bon Pasteur (attribué à Philippe de Champaigne) – CC Yelkrokoyade

J’entends… Qu’entends-je ? Au loin, comme un gouffre qui rit,
Comme des rocs, des crocs, qui grincent et qui tranchent ;
Mon œil voit tous les ciels serrés sous une manche,
Et l’air à mon nez semble une haleine pourrie.
Tout croule, tout se meurt, tout se perd, tout périt,
Tout reflète à mes yeux la rougeur de l’enfer,
Mais c’est Vous, ô Seigneur, qui régnez sur la terre.

Ma demeure, inondée de rats et de souris,
Ne peut porter le poids d’une telle avalanche ;
Déjà le mur vacille et déjà le toit penche,
Mais sa sœur n’en a cure et va sourde à mes cris.
Abominable et folle, elle se croit guérie,
Et pour que je guérisse, elle me fait la guerre,
Mais c’est Vous, ô Seigneur, qui régnez sur la terre.

Hélas, sanglote encor ! Regarde, ô mon esprit,
Semblable au rouge-gorge agrippé sur sa branche,
Regarde le loup noir sous une toison blanche
Qui mâche le troupeau qui l’adore et le prie.
Ces moutons insensés sous ses ongles sont pris ;
Ils ne gémissent point, et lui disent : « Mon Père ! »,
Mais c’est Vous, ô Seigneur, qui régnez sur la terre.

Envoi.
Seigneur plein de bonté de qui je suis chéri,
Faites que mon cœur soit de confiance nourri,
Car l’orage nous bat sous une pluie de fer,
Mais c’est Vous, ô Seigneur, qui régnez sur la terre.

Publicités
Marie de Médicis accueillie à Marseille (Rubens)

Le triomphe de la nullité – Récréation – Sonnet #7


Marie de Médicis accueillie à Marseille (Rubens)
Marie de Médicis accueillie à Marseille (Rubens)

Pour ceux qui se demandent pourquoi, malgré la nullité de mes vers, je m’obstine à en écrire.

Alors que par hasard j’avais l’esprit lucide
Ma plate nullité m’apparut clairement :
« J’existe ! Me voici. Regarde donc, stupide,
La reine de tes vers comme de tes romans.

Tu te croyais génial et la tête gravide ?
Fi ! L’imbu de lui-même ! Il le pensait vraiment !
Contemple ta pauvre œuvre où paresse un grand vide :
Sur chacun de tes mots je règne fermement.

Même un mauvais lecteur apercevrait sans peine
Qui dans tous tes écrits est la vraie souveraine,
Et dirait : « c’est si nul que ça tient du génie. »

Mais puisque par tes soins mon triomphe est immense,
Reçois sans plus tarder ta juste récompense :
Entre dans la prison de l’aveugle déni.

La Confession

La Confession


La Confession
La Confession

Que crains-tu, mon enfant ? Quelle peur te déroute ?
Pourquoi te détourner de ce grand sacrement ?
Tes fautes, réponds-tu ; mais Je les connais toutes.
La honte dans ton âme est un encombrement.
« Ah, Seigneur, me dis-tu, comme il serait facile,
D’avouer ses péchés seulement au bon Dieu ;
Se confesser au prêtre, est-ce vraiment utile ?
Un pécheur comme moi, représenter les Cieux ? »
Créature inconsciente, ah, quel est ce désir ?
Mais si tu Me voyais, Moi qui suis perfection,
Devant tant de beauté, tu n’oserais rien dire,
Tu n’oserais paraître avec ton abjection,
Tu fuirais loin de Moi, horrifié par tes crimes,
Tu te dirais toujours : « Je suis toujours trop prêt »,
Tu te verrais indigne, et courrais à l’abîme,
Tu te verrais damnable et tu te damnerais.
Mais Je veux te sauver ; viens, Je te le demande ;
Fléchis donc le genou, ne sois pas réticent,
Et ne crois surtout pas que ta faute est trop grande :
Donne-moi ton fumier, J’en ferai de l’encens.

Jésus et la Cananéenne

Les petits chiens


Jésus et la Cananéenne
Jésus et la Cananéenne

Du Maître, approchons-nous comme des petits chiens,
D’un air humble et soumis pour sustenter notre âme ;
Que nul, avec orgueil, n’avance et ne réclame
Ainsi qu’un créancier qui veut avoir son bien,
Car le Seigneur ne nous doit rien ;
A celui qui mendie, humble devant Sa face,
Généreux et prodigue, Il accorde Sa grâce.

Le Christ en croix

Ce que me dit ma conscience


Le Christ en croix
Le Christ en croix

Ô malheureux qui croit ne point blesser le ciel
En faisant, inconscient, quelque péché véniel ;
Songe donc, mon ami, songe qu’à chaque fois,
Non seulement plus tard s’alourdira ta peine,
Mais vois surtout ton Dieu qui souffre tant pour toi,
Chacun de tes péchés s’égoutter de Ses veines.

Sainte Cassienne de Constantinople

Paraphrase de l’hymne de Sainte Cassienne de Constantinople


Sainte Cassienne de Constantinople
Sainte Cassienne de Constantinople

Les chrétiens orientaux chantent aux matines du Mercredi Saint, qu’ils appellent Saint et Grand Mercredi, une hymne composée par Sainte Cassienne de Constantinople au cours du neuvième siècle. La paraphrase de cette hymne, je reconnais ne l’avoir pas écrite depuis le grec, mais depuis plusieurs versions en langue anglaise ; le sens s’en trouvera certainement altéré. Que cette paraphrase vous donne néanmoins le désir d’écouter cette hymne dont je poste ici le lien.

Seigneur, mon cœur blessé Te reconnait pour Dieu.
Moi, femme pécheresse aux péchés si nombreux,
J’ai brisé mon orgueil sans cesser de frémir
Pour porter sur ma tête un lourd flacon de myrrhe.
J’apporte, dans mon deuil, et dans mon affliction,
Ce nard pour Tes pieds saints, et mon expiation.
Je pleurerai bientôt Ton dépôt dans la tombe ;
Malheur ! Malheur à moi ! Quelle nuit sur nous tombe !
Nuit obscure et sans lune où règne la folie
Et le désir bestial de ce qui avilit !
Daigne accueillir mes pleurs qui coulent en fontaine,
Ô Toi qui fais pleuvoir les nuées sur les plaines !
Penche-Toi vers mon cœur qui soupire après Dieu,
Toi qui permis qu’à nous s’inclinassent les cieux,
Que l’Empyrée si haut se penchât vers la terre,
Dans Ton Incarnation, ce sublime mystère.
Mes baisers laveront Ta peau immaculée,
Mes tresses sécheront Tes pieds inégalés,
Ces pieds dont Eve eut peur à la tombée du soir,
Tant qu’elle se cachât pour qu’Il ne put la voir.
Qui pourra mesurer l’ampleur de mes péchés,
Ou, de Ton jugement, la profondeur cachée ?
Si Ta miséricorde est bien surabondante,
Ô Sauveur, mon Sauveur, n’oublie pas Ta servante !

Jérémie tiré de sa cuve

Paraphrase de Jérémie


Jérémie tiré de sa cuve
Jérémie tiré de sa cuve

Après Isaïe, une nouvelle paraphrase de l’Écriture avec le prophète Jérémie (11,18-20).

Le Seigneur dit à Son prophète :
 » Plonge dans les pensées de tes noirs ennemis,
Dans leurs cervelles contrefaites,
Leurs crânes desséchés comme ceux des momies. « 

Descendu dans ces sépultures,
En des couloirs étroits, tortueux, décrépits,
Et couverts d’affreuses peintures,
J’ai connu leurs desseins et leurs œuvres impies.

Je les vis, aux heures obscures,
Machiner en secret et tramer des complots.
Ils préparaient leurs forfaitures
Et me voulaient jeter tout au fond d’un silo.

On me menait à l’abattoir,
Moi, l’innocent agneau qu’on avait sustenté.
 » Que son nom quitte nos mémoires,
Afin que son esprit ne puisse nous hanter ! « 

Le Seigneur est plein de justice :
Il sondera mon cœur, mes entrailles, mes reins.
Je boirai la lie du calice.
Alors Il tirera vengeance avec l’airain.

Isaïe

Paraphrase d’Isaïe


Isaïe
Isaïe

La Semaine Sainte ayant commencé, je vous propose une paraphrase d’Isaïe (50,5-10) qui était la première lecture du jour.

Ainsi parle Isaïe :  » Le Seigneur sans pareil
Ouvrit les lourds battants de mes pauvres oreilles.

Je n’ai point résisté, ni reculé d’un pas,
Je n’ai point dit :  » Seigneur, qu’ils ne me frappent pas !  »
Ils ont roué de coups mon dos et mon échine,
Ils ont battu mon torse et ma maigre poitrine,
Ont arraché ma barbe à mes sanglantes joues,
Posé sur mon épaule un effroyable joug,
Et couvert de crachats les plaies de mon visage :
Je n’ai fui ni horions, ni les plus grands outrages.

Voici qu’à mon secours le Seigneur est venu,
Et dans mon affliction ne m’a point méconnu.
C’est pourquoi je n’ai craint ni mépris, ni supplices,
Ni le fouet, ni le feu, ni haine accusatrice ;
C’est pourquoi, sous les coups, j’ai figé tous mes traits
En roc inébranlable ; ah, qui me confondrait ?

Je sais qu’Il n’est pas loin, le Justificateur.
Oseras-tu plaider contre Son serviteur ?
Oui, qui m’accusera ? Qu’il s’approche au plus tôt !
Qu’il découvre sa face et quitte son manteau.

Le Seigneur sans pareil accourut à mon aide.
Il n’est point, devant Lui, d’injuste qui ne cède.
Qui me condamnera, si Dieu me justifie ?
Devant Lui les méchants confus et déconfits,
Tomberont en lambeaux comme d’affreuses hardes
Et seront dévorés par la mite blafarde.

Hypocrite lecteur, écoutes-tu ton Dieu ?
Suis-tu la juste loi publiée dans les cieux ?
Écoutes-tu la voix de son humble Servante ?
Son écho poursuit-il ta fuite confondante ?
Si tu marches, perdu dans ton obscurité,
Sa voix t’amènera dans l’illustre Cité. «