Comment lire les poèmes ?

Cette page ne vise pas tant à faire connaître aux lecteurs les règles de la poésie française1, mais plutôt à leur permettre de lire les poèmes de ce site en respectant leur harmonie. Il m’est apparu bien souvent, en effet, que trop de lecteurs ne tenaient aucun compte de ces règles si précieuses et lisaient des vers quasi comme de la prose, marquant à peine la fin des vers d’une pause un peu plus longue. On a donc eu pour ambition d’apprendre aux lecteurs les fondements pour lire la poésie, non pour l’écrire.
Aussi, que ceux qui connaissent ces matières en détail ne se trouvent pas étonnés de voir tant de lacunes sur des aspects importants, ni du peu d’explications techniques qui sont données ici. On a voulu avant tout la simplicité, non l’exhaustivité.
Par ailleurs, si en quelques points ma poésie diverge de la poésie classique 2, les règles que j’expose ici permettent de lire les grands auteurs avec le minimum de connaissances requises : il n’y a pas de contradiction en ce qui concerne la lecture, excepté en des points de détail.
Note : cette page sera mise à jour au fur et à mesure, suivant le type de vers que je serai amené à utiliser, et selon vos éventuelles remarques.

Sommaire :

1 – Principes généraux

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2 – La césure

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3 – Aspects divers

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Notes

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1 – Principes généraux

1.1. Le vers français

Le vers français est un assemblage de mots rythmés selon des règles précises. Il est notamment constitué de syllabes et d’une rime. Le nombre de syllabes est généralement fixe et permet de connaître la mesure du vers. Dans mes poèmes, on trouve essentiellement des vers de douze, huit, sept syllabes, plus rarement dix, six, neuf ou même quatorze syllabes.

Attention : on emploie souvent le mot pied à la place du mot syllabe ; cet usage est abusif : en versification française, un pied désigne un ensemble de deux syllabes. Un alexandrin comporte ainsi non pas douze mais six pieds, c’est-à-dire douze syllabes. Définition du Littré.

Voici quelques exemples de mètres fréquemment utilisés, dont les syllabes ont été mises en évidence par des slashs. On exposera un peu plus loin les diverses règles qui expliquent les différences entre les syllabes en prose et les syllabes en vers.

Vers de douze syllabes (alexandrin) :

Com/me/ l’as/tre/ du/ jour/ sur/ son/ bril/lant/ vais/seau.

Vers de huit syllabes :

Suis/-je un/ cri/mi/nel/ pour/ au/tant ?

Vers de sept syllabes :

Bar/dot/ por/te/ bien/ son/ nom.

1.2. Les trois clefs de la rime

Trop souvent, on ne prend en compte dans la rime que son aspect le plus évident, à savoir l’homophonie (c’est-à-dire le fait que les terminaisons des mots soient prononcées de la même manière). Il y a pourtant deux autres aspects non moins importants auxquels il faut absolument prêter attention lorsque l’on prononce un vers. Quels sont ils ? D’abord l’accent, ensuite la pause.

En français, l’accent est désormais marqué sur la dernière syllabe, et uniquement elle ; en outre, il est peu marqué. Pour bien faire ressortir la syllabe qui porte la rime, il faudra donc lui donner une intensité toute particulière pour pouvoir la distinguer des autres syllabes, non seulement celles qui composent le mot lui-même, mais également les dernières syllabes des mots précédents et suivants qui ne portent pas la rime.

Dans l’exemple suivant, les syllabes accentuées sont indiquées en italique, à l’exception de la syllabe rimée qui est en gras :

Séductrice inlassable, enfant de Calypso,
Tu gardais près de toi les hommes les moins sots !

On accentue naturellement les syllabes en italique de la même manière que les syllabes en gras. Pour faire ressortir la rime, il faudra artificiellement accentuer plus fortement les syllabes en gras. Attention, un peu de mesure est nécessaire !

Le troisième élément d’importance, avec l’homophonie et l’accentuation, c’est la pause. Le retour à la ligne après la rime indique qu’une légère pause doit être marquée peu après la rime. Même si la phrase n’est pas achevée, même s’il n’y a ni point, ni virgule, il est nécessaire de marquer cette pause, toujours à fin de faire ressortir la rime. Cette pause doit être plus longue que celle qui caractérise la césure que nous allons voir un peu plus loin.

1.3. Quand prononcer le e muet ?

C’est sans doute l’un des aspects les plus importants que nous abordons ici. Savoir quand prononcer, ou non, le e muet, permet d’éviter de prononcer des vers bancals et mal rythmés. Comme l’usage en matière de poésie contredit la prononciation actuelle du français, un peu d’entraînement sera nécessaire avant de parvenir à le prononcer de manière naturelle. Cela ne présente cependant guère de difficultés.

Il n’y a pas de règle absolue concernant la prononciation du e muet : sa prononciation, ou non, dépendra essentiellement du contexte, des éléments qui l’entourent.

Le e muet se prononce :

  • à la fin d’un mot, si le mot suivant commence par une consonne. Exemple :

Le ministère des finances (le e de ministère se prononcera, parce qu’il est suivi de la consonne d. Ce qui fait que ministère compte 4 syllabes [mi-ni-stè-re] et non trois comme en prose [mi-ni-stère])

  • à l’intérieur d’un mot. Exemple :

Mangerait : on ne prononce JAMAIS « manjrait », mais au contraire, on articule les trois syllabes : man-ge-rait.
Finances : le e sera toujours prononcé : fi-nan-ces, et non fi-nanc’s.

Il existe des exceptions à cette règle qui sont détaillées en-dessous.

Le e muet ne se prononce pas :

  • à la rime. Exemple :

Moscovici veut que la France : ici, France se prononcera Frans’, et non Fran-ce.
Cette règle vaut également pour les pluriels :
Lave tous nos malheurs et toutes nos offenses : offenses sera prononcé simplement of-fens’, et non of-fen-ses.

  • en cas d’élision, c’est-à-dire si une voyelle suit un e muet. Exemple :

Enverrait à la terre un de ses purs rayons : ici, terre, mot suivi par une voyelle, se prononcera simplement terr’, et non ter-re.
En revanche, si terre avait été au pluriel, on aurait prononcé le e muet : ter-res.

  • en cas de hiatus (rencontre de deux voyelles) à l’intérieur d’un mot :

le mot envies (au pluriel), se prononcera en-vi, et non en-vi-es.
Mangeaient se prononcera man-geai et non man-geai-ent.
Nathalie se dira Na-tha-li et non Na-tha-li-e.

1.4. La diphtongue

Il existe en poésie traditionnelle des règles assez floues et assez complexes sur la prononciation des diphtongues : ce sont les fameuses diérèses (quand la diphtongue est prononcée comme deux syllabes) et synérèse (quand la diphtongue est prononcée comme une seule syllabe). Pour des raisons assez simples mais hors de propos ici, je préfère suivre l’usage actuellement suivi. C’est-à-dire que le mot lion, par exemple, ne comportera qu’une seule syllabe, et non deux comme cela serait exigé en poésie classique (voir par exemple le célèbre « vous êtes mon li-on superbe et généreux ») ; la première syllabe du mot poète comptera pour deux syllabes (po-è-te ; à noter que Régnier et Corneille, entre autres, prononçaient souvent poè-te, presque pouè-te.), etc. Pour la diphtongue, il faut toujours suivre l’usage actuel.

2 – La césure

Qu’est-ce que la césure ? Au dessus d’un certain nombre de syllabes, le vers est divisé en plusieurs composants ; la césure est le point d’articulation de ces composants, c’est une coupure légère dans le vers. Dans la prononciation, il correspondra à une pause dont la durée sera inférieure à celle qui suivra la rime. La césure est très importante en ceci qu’elle permet au lecteur de respirer. Il importe donc de ne pas marquer exagérément la césure, mais de ne pas non plus lire le vers d’une seule traite. Où se trouve la césure ?

2.1. Dans l’alexandrin

La césure de l’alexandrin se trouve toujours à l’hémistiche, c’est-à-dire en milieu de vers, entre la sixième et la septième syllabe, de telle sorte que les deux parties du vers se trouvent également réparties de part et d’autre.

Exemples :

Quand ils te contemplaient, / c’était de tels transports…

Et, nouvelle Circé, / tu les changeais en porcs.

(6/6)

Le voici donc enfin, /le meurtre abominable,

Le prétexte parfait / qui tombe à point nommé !

2.2. Dans le décasyllabe

Dans le décasyllabe, la césure peut occuper trois places différentes : soit à l’hémistiche, entre la cinquième et la sixième syllabe ; soit entre la sixième et la septième syllabe ; soit entre la quatrième et la cinquième syllabe. Les deux dernières possibilités paraissent déséquilibrées, mais c’est pourtant la dernière qui se trouve être la plus harmonieuse.

Exemples :

– en 5/5 (césure à l’hémistiche) :

Craignez, ô baigneurs, / la dent des requins !

– en 4/6 :

Mais Mandela, / on s’en fout de sa mort !

Penseur profond, / sage altitudinaire !

– en 6/4 :

Et l’encens des médias / monte à foison

Et du dérèglement / de la saison

2.3. Dans le vers de quatorze syllabes

Dans le vers de quatorze syllabes, nous n’avons pour le moment expérimenté que la césure à l’hémistiche, laquelle n’est peut-être pas la plus heureuse.

Exemples :

Il faut être courageux / pour attaquer un poids lourd.

Je me suis dit à part moi : / quel est ce curieux dessein ?

3 – Aspects divers

3.1. Les noms propres

La prononciation des noms propres pose toujours quelques problèmes, surtout s’ils sont étrangers. En règle générale, j’adapte la prononciation à la manière des vers, mais je reconnais que je ne suis pas très strict sur ce plan. Il faudra donc analyser le reste du vers pour savoir comment doit être lu le nom propre.

Exemples :

Dans le vers :

Je lisais en détail le journal C-Santé.

comment faut-il lire le C ? J’ai choisi de le prononcer comme je suppose qu’il faut le prononcer, c’est-à-dire Cé-Santé.

3.2. Les chansons

En ce qui concerne les chansons que je parodie, je me plie complètement à leurs règles pour correspondre à la mélodie. Les règles exposées au-dessus n’y ont pas toujours leur place. Notamment, le e muet saute assez fréquemment. Le mieux, donc, pour savoir comment prononcer ces poèmes, est de les chanter. Pour ceux qui ne connaîtraient point les mélodies, je les mets en lien.

Avec un peu d’entraînement, l’habitude vient vite, vous découvrirez le rythme tout naturellement et ne supporterez plus les vers bancals !

Si cette page ne vous paraît pas claire, si un point de détail vous échappe, n’hésitez pas à l’indiquer en commentaire. Vous me permettrez ainsi d’améliorer cette page et de la rendre plus intelligible !

Notes :

1 On voudra bien se reporter, pour un exposé plus exhaustif, au Petit traité de poésie française de Théodore de Banville, (téléchargeable sur Gallica), qui a un peu vieilli mais reste très agréable à lire ; pour une approche plus contemporaine, et tout aussi sérieuse, on pourra se rendre sur le blogue de Darius Hypérion.

2 J’entends par là, non le courant classique en lui-même, mais toute la poésie digne d’être étudiée en classes, c’est à dire à peu près jusqu’à la fin du XIXème siècle (mais il y a des exceptions notables au XXème, car il n’existe pas d’époque entièrement damnée.) Cette poésie était en harmonie avec la nature de sa langue, avec le français ; elle théorisait, sans doute, mais jamais jusqu’à s’abstraire de ses fondements naturels, jamais jusqu’à se couper de sa souche. A trop vouloir se libérer de leurs chênes, tous ces poètes du XXème ont voulu gambader librement, s’envoler comme des oiseaux légers ; ils ont chu lamentablement. Ils n’avaient pas compris que la règle n’est pas une chaîne, mais un piédestal solide : seule, elle ne suffit pas pour que la statue soit belle, mais du moins tient elle ; sans elle, elle choit.

5 réflexions sur “Comment lire les poèmes ?

  1. djodjo

    Comment doit on lire le vers  » je vois se dérouler des rivages heureux » pour « rivages heureux » doit on fait une liaison alors qu’il a un ‘h’ puisque c’est une consonne ou non

    1. Oui, on doit faire la liaison. Il faut également prononcer le « e » de rivages. Le vers se découpe ainsi :
      Je/ vois/ se/ dé/rou/ler/ des/ ri/va/ges/Zheu/reux.
      Ne vous fiez pas trop à ce qui est écrit sur cette page pour lire la poésie traditionnelle : je ne montre ici que les règles que je suis pour ma part.

  2. Émélie

    Bonjour! J.espère que vous pourrez m’aider!

    Selon vous, dans « Quel fruit espères-tu de tant de violence? », est-ce que la liaison entre fruit et espères est obligatoire? Si oui, serait-elle allégée (quel/frui/tespères)?

    Aussi, dans « L’arrachèrent du sein, et des bras paternels », est-ce que la liaison est obligatoire? Est-ce que la césure la rend optionnelle?

    C’est beau l’Alexandrin, mais c’est pas toujours simple. 😛
    Merci!

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