Encensoir - CC John P. Workman, Jr.

Dixième dimanche après la Pentecôte – Alléluia


Allelúia, allelúia. V/.Ps 64, 2.
Te decet hymnus, Déus, in Sion : et tibi reddétur votum in Ierúsalem. Allelúia.

Encensoir - CC John P. Workman, Jr.
Encensoir – CC John P. Workman, Jr.

Ô mon cœur, qui chanteras-tu ?
Les couronnes sont abattues,
La tiare a roulé sur la terre,
Et s’il est encor quelque saint
Où le Seigneur grava Son seing,
La rumeur choisit de se taire.

Qui chanter d’autre que mon Dieu,
Mon Dieu qui bâtit terre et Cieux,
Dieu qui créa et l’homme et l’ange,
Qui souffrit pour nous sur la Croix,
S’offre sans cesse à notre Foi
Et seul mérite nos louanges ?

 

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L'Assomption de la Vierge - Le Brun

Assomption – Alléluia (Rondeau)


Allelúia, allelúia. V/. Assumpta est María in cælum : gaudet exércitus Angelórum. Allelúia.

L'Assomption de la Vierge - Le Brun
L’Assomption de la Vierge – Le Brun

Alléluia ! Les jardins, les prairies
Et les vergers dans les Cieux ont fleuri.
Tout un chacun s’apprête dans le Ciel
Pour accueillir la reine la plus belle,
L’immaculée, la très sainte Marie.

Anges, chantez d’une voix attendrie
Celle que Dieu de tous temps a chérie,
Et répétez sans cesse, ô chœurs fidèles :
Alléluia !

Et nous, chrétiens, Mère de Jésus-Christ,
Nous vous offrons nos hymnes favoris,
Nous proclamons votre gloire éternelle,
Nous rappelons vos douceurs maternelles,
Et redisons sans cesse un même cri :
Alléluia !

 

Christ Pantocrator - Dôme du Saint-Sépulcre - CC bachmont

Huitième dimanche après la Pentecôte – Offertoire


Ant. ad Offertorium. Ps. 17, 28 et 32.
Pópulum húmilem salvum fácies, Dómine, et óculos superbórum humiliábis : quóniam quis Deus præter te, Dómine ?

Christ Pantocrator - Dôme du Saint-Sépulcre - CC bachmont
Christ Pantocrator – Dôme du Saint-Sépulcre – CC bachmont

L’âme qui s’abaisse,
Et reconnaît sa faiblesse,
C’est elle que Vous sauvez.

Vous jetez sur l’herbe
L’esprit de l’homme superbe
Qui s’imagine élevé.

Est-il, ô Seigneur,
D’autres dieux dans les hauteurs ?
Nous n’en avons pas trouvé.

 

Hostie - CC Patnac

Septième dimanche après la Pentecôte – Introït


Ant. ad Introitum. Ps. 46, 2.
Omnes gentes, pláudite mánibus : iubiláte Deo in voce exsultatiónis.
Ps. ibid., 3.
Quóniam Dóminus excélsus, terríbilis : Rex magnus super omnem terram.
V/.Glória Patri.

Encensoir - CC John P. Workman, Jr.
Encensoir – CC John P. Workman, Jr.

Ô peuples de la terre,
Acclamez votre Père !
Poussez des cris de joie,
Chantez dans l’allégresse
Le Seigneur sans faiblesse
Et le plus grand des Rois.

 

Sixième dimanche après la Pentecôte – Graduel


Graduale. Ps. 89, 13 et 1.
Convértere, Dómine, aliquántulum, et deprecáre super servos tuos.
V/. Dómine, refúgium factus es nobis, a generatióne et progénie.

Jésus en prison - Copyright Notice - Private Collection Digital Images (c) 2012 Cynthia A. Stevens, all rights reserved
Jésus en prison – Copyright Notice – Private Collection Digital Images (c) 2012 Cynthia A. Stevens, all rights reserved

Vous n’êtes pas seulement notre juge,
Mais aussi notre refuge.
Daignez, Seigneur, nous regarder un peu,
Et puis, si cela se peut,
Laissez-Vous donc toucher le cœur
Qui s’ouvrit pour les pécheurs.

 

Dieu le Père - Cima da Conegliano

Cinquième dimanche après la Pentecôte – Alléluia


Allelúia, allelúia. Ps. 20, I
V/. Dómine, in virtúte tua lætábitur rex : et super salutáre tuum exsultábit veheménter. Allelúia.

Dieu le Père - Cima da Conegliano
Dieu le Père – Cima da Conegliano

Qui se repose en Ma puissance
A le cœur plein de réjouissance :
Vois, Je viens, Je sauve ta vie,
Et ton âme est toute ravie.

 

La Sainte Trinité - CC sameffron

Quatrième dimanche après la Pentecôte – Communion


Ant. ad Communionem. Ps. 17, 3.
Dóminus firmaméntum meum, et refúgium meum, et liberátor meus : Deus meus, adiútor meus.

La Sainte Trinité - CC sameffron
La Sainte Trinité – CC sameffron

Seigneur, mon Ciel et mon Rocher,
Ô refuge où Vous me cachez !
Vous êtes mon libérateur
Et venez m’aider à toute heure.

 

Jésus miséricordieux - Eugeniusz Kazimirowski - CC HistoryIsResearch

Troisième dimanche après la Pentecôte – Introït


Ant. ad Introitum. Ps. 24, 16 et 18.
Réspice in me et miserére mei, Dómine : quóniam únicus et pauper sum ego : vide humilitátem meam et labórem meum : et dimítte ómnia peccáta mea, Deus meus.
Ps. ibid., 1-2.
Ad te, Dómine, levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam.
V/.Glória Patri.

Jésus miséricordieux - Eugeniusz Kazimirowski - CC HistoryIsResearch
Jésus miséricordieux – Eugeniusz Kazimirowski – CC HistoryIsResearch

Jetez les yeux sur nous, Seigneur ;
Pitié pour Vos pauvres pécheurs.
Je vis dans l’abandon et dans la pauvreté,
Rassasié de malheur et plein d’humilité,
Mais je Vous redis, plein de foi,
Mon Dieu, mon Dieu, pardonnez-moi.
Ô Seigneur, c’est à Vous que je confie mon âme :
Ne la laissez point choir, mon Sauveur, dans les flammes.

 

Saint Jean-Baptiste par Jacopo del Casentino

Nativité de Saint Jean-Baptiste – Introït


Ant. ad Introitum. Is. 49, 1 et 2.
De ventre matris meæ vocávit me Dóminus in nómine meo : et pósuit os meum ut gládium acútum : sub teguménto manus suæ protéxit me, et pósuit me quasi sagíttam eléctam.
Ps. 91, 2.
Bonum est confitéri Dómino : et psállere nómini tuo, Altíssime.
V/.Glória Patri.

Saint Jean-Baptiste par Jacopo del Casentino
Saint Jean-Baptiste par Jacopo del Casentino

Dieu me prit par mon nom dans le sein de ma mère,
Il appela ma langue un glaive aigu de fer,
Prit l’ombre de Sa main pour la mettre sur moi,
Et ma vie comme un trait de Son vaste carquois.

Glorifions
Le Seigneur !
Chante, Sion,
Ton Sauveur.
Le Très-Grand
Je L’acclame,
L’adorant
De mon âme.

 

La Sainte Trinité - Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne

Trinité – Évangile


 

+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Matthǽum.
Matth. 28, 18-20.
In illo témpore : Dixit Iesus discípulis suis : Data est mihi omnis potéstas in cælo et in terra. Eúntes ergo doncti : docéntes eos serváre ómnia, quæcúmque mandávi vobis. Et ecce, ego vobíscum sum ómnibus diébus usque ad co

La Sainte Trinité - Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne
La Sainte Trinité – Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne

 

Ainsi parlait Jésus à tous les cœurs fidèles :
« J’ai reçu tout pouvoir sur la terre et le Ciel.
Allez de par le monde et versez sur le front
De ceux qui sagement vous le demanderont
L’eau que versa Mon cœur après le Sacrifice.
Baptisez-les au nom et du Père et du Fils
Et de l’Esprit très saint qui ne font qu’un seul Dieu,
Qui règne dans la gloire et la joie des saints lieux.
Enseignez-leur Mes voies et Mes ordres si sages,
Et Je suis avec vous jusqu’à la fin des âges. »

Evangile de Saint Jean - Grandes Heures d'Anne de Bretagne

Dix petits grains de messe – 10 – Le dernier évangile


Evangile de Saint Jean - Grandes Heures d'Anne de Bretagne
Evangile de Saint Jean – Grandes Heures d’Anne de Bretagne

10 – Le dernier Évangile

Saint Jean ! aucun apôtre ne m’est plus cher que lui. Il y a cent raisons à cela : il est le disciple que Jésus aimait ; il était le seul apôtre au pied de la Croix ; c’est par lui que nous avons été faits enfants de la Sainte Vierge Marie ; il est l’un des deux apôtres à venir au tombeau ; martyr, il a été préservé de la mort miraculeusement ; plus jeune apôtre, il est aussi mort le plus vieux, et le dernier ; il est l’auteur d’un Évangile très différent des autres ; il est l’auteur de l’Apocalypse, ce qui lui donne le privilège d’être le dernier auteur de la Sainte Écriture, sans compter le fait que, prophète de l’Église, il s’y montre le digne successeur de prophètes tels qu’Ézéchiel ou Daniel, qu’il surpasse.

J’ai toujours aimé saint Jean. Il n’est pas un jour où j’omets de le prier. Souvent me vient en tête la pensée peut-être bizarre qu’il est le dernier écrivain, qu’il n’en est pas d’autre après lui, sinon des perroquets qui le répètent, lui ou ceux qui l’ont précédé, et des maudits qui aiment le mensonge. Que voulez-vous écrire après l’Apocalypse, qui raconte toute l’histoire de l’Église, la seule qui compte, au fond ? Sans doute, cette pensée a un caractère excessif que je ne saurais nier.

N’importe ; j’ai toujours eu beaucoup d’affection pour saint Jean, et rien ne me serait dès lors plus naturel que de chérir tout particulièrement la lecture du prologue de son Évangile à la fin de la messe.

Saint Jean à Patmos
Saint Jean à Patmos

C’est pour moi une grande tristesse de constater qu’en de nombreuses chapelles on se permet de lancer le chant final avant que le prêtre ait terminé, que dis-je, avant même qu’il ait commencé la lecture du dernier Évangile ! Mais ignorez-vous, malheureux, que c’est nous, les fidèles, qui avons réclamé à grands cris que le prêtre ne le lût pas tout seul dans l’intimité de la sacristie, mais le proclamât devant nous1 ?

Fort bien, me direz-vous ; les raisons historiques ne sont pas sans intérêt ; cependant, puisque plus personne ne demande la lecture de cet évangile, quelle autre raison a-t-on de le lire ?

Les commentateurs ont dégagé plusieurs explications symboliques. Il n’est peut-être pas inutile de faire remarquer que la composition de la messe, faite au cours des siècles, répond bien évidemment à un dessein divin. Des innovations ont été sanctionnées après plusieurs siècles ; d’autres n’ont pas été retenues. Dans ce long processus, il n’est pas douteux que le Seigneur Lui-même a agi et c’est donc à raison que les commentateurs ont trouvé des raisons différentes de celles qui ont poussé historiquement à ajouter tel ou tel passage. En d’autres termes, Dieu s’est servi des raisons justes mais imparfaites des hommes pour que la sainte liturgie soit perfectionnée dans un sens qui n’était encore connu que de Lui mais que nous allons nous attacher à découvrir.

Triptyque représentant Jésus crucifié entouré de Sa Mère et de saint Jean
Triptyque représentant Jésus crucifié entouré de Sa Mère et de saint Jean

Tout en faisant mes recherches sur ce dernier évangile, j’ai découvert un commentaire de la messe écrit par un certain abbé Floriot, ayant vécu au XVIIème siècle, qui fait un parallèle très intéressant entre la messe et le dernier évangile.

Que raconte ce prologue ? Que le Verbe de Dieu s’est incarné pour le salut des hommes. Qu’est-ce que la messe ? Le Verbe de Dieu qui descend parmi nous sous l’apparence du pain et du vin pour notre salut. La messe, qui renouvelle le Saint Sacrifice du Seigneur, est également un renouvellement de Son incarnation :

« Il nous est donné d’assister à cette bienheureuse naissance si nous assistons à la sainte Messe où elle est renouvelée et continuée.2 »

Ce parallèle est déjà frappant en lui-même, mais il n’est pas seul :

« il faut examiner pourquoi l’Église nous fait lire après l’oblation du saint Sacrifice, et en suite de la Communion des fidèles, ce commencement de l’Évangile de saint Jean, où il est traité de la divinité du Verbe, de sa venue dans le monde par l’Incarnation, du rebut qui a été fait de sa personne par ceux qui lui appartenaient, et de l’adoption des enfants de Dieu.3 »

Tout ce que vient de mentionner l’abbé Floriot se trouve dans la messe également. Je vous laisse lire son commentaire : vous verrez que le parallèle est frappant.

De son côté, l’abbé Olier fait remarquer l’Évangile de saint Jean se trouve inscrit sur un des trois canons de l’autel, mis à part donc d’un livre quelconque. Il y a sans doute une raison pratique à cela : puisqu’on le lit à chaque messe, mieux vaut ne pas ouvrir un livre mais lui accorder une place à part, plus commode. Cependant, cette raison est très insuffisante car on connaissait cet évangile par cœur, au témoignage de l’abbé Lebrun4.

Si le dernier évangile est lu à la toute fin de la messe, après l’Ite missa est, après la bénédiction, et si on le lit sur un carton et non dans un livre qui se ferme, c’est parce qu’il représente l’éternité, qui commencera d’une certaine manière à la fin des temps, et ne se fermera jamais. Lire l’évangile de saint Jean, c’est donc entrer symboliquement dans l’éternité. Quelle meilleure manière de terminer la messe ? Nous sommes appelés, non pas à retourner à la grisaille de notre vie terrestre, mais à avoir toujours dans la pensée le but de toute notre existence. Nous ne retombons point : nous finissons plus haut.

L’abbé Olier parle bien mieux que moi de toutes ces raisons. Cependant, comme il serait trop long à citer, je ne puis que vous suggérer de le lire5.

Saint Jean continuant à prier dans son martyre
Saint Jean continuant à prier dans son martyre

Tout en écrivant cet article, j’ai été frappé de la manière dont ce prologue correspond à une parfaite conclusion de dissertation : si l’on en croit l’abbé Floriot, il résume la messe toute entière ; si on en croit l’abbé Olier, il nous met un pied dans l’éternité. Résumé et ouverture : voilà des mots qui doivent parler à tous ceux qui sont au moins passés par le lycée !

J’aimerais parler davantage de ce passage, qui est si riche, mais au fond, il vaut mieux que vous lisiez tous ces commentateurs que j’ai longuement cités et dont je n’ai voulu que me faire le perroquet : de toute cette série d’articles, j’espère qu’il n’y a de moi que l’emballage et la présentation, et qu’aucune idée n’y est originale. Puissent ces dix petits grains de messe pousser dans le cœur de mes lecteurs comme le grain de sénevé, porter un fruit abondant et dresser de hautes branches vers le Ciel !

Terminons donc, si vous le voulez bien, par une paraphrase de cet admirable évangile. J’ai intercalé le texte latin avec ma paraphrase.

Saint Jean-Baptiste par Jacopo del Casentino
Saint Jean-Baptiste par Jacopo del Casentino

« In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per Ipsum facta sunt, et sine Ipso factum est nihil quod factum est.6 »

Dans le Père le Verbe est au commencement ;
Le Verbe est en l’Esprit ; le Verbe est Dieu Lui-même.
La Création le fut sur Son commandement,
Et rien ne fut sans Lui de l’immense poème.

« In Ipso vita erat, et vita erat Lux hominum. Et Lux in tenebris lucet et tenebrae eam non comprehenderunt. »

La vie, notre lumière, avait son siège en Lui ;
La lumière du Verbe éclatait dans le noir,
La lumière brillait au milieu de la nuit,
Mais la nuit, aveuglée, ne voulait point la voir.

« Fuit homo missus a Deo cui nomen erat Iohannes. Hic venit in testimonium ut testimonium perhiberet de lumine ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera quae illuminat omnem hominem venientem in mundum. »

Le Seigneur envoya dans le monde un témoin
Qui rendit témoignage à l’unique lumière ;
Puis le Verbe adorable et sublime en tous points
Descendit éclairer tout homme sur la terre.

« In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit et sui eum non receperunt. »

Le Créateur divin vint dans Sa création :
Sa création pour Lui n’eut pas le moindre égard.
Le Seigneur descendit au sein de sa nation,
Qui Le vit et dès lors détourna le regard.

« Quotquot autem receperunt eum dedit eis potestatem filios Dei, fieri his qui credunt in nomine Eius. Qui non ex sanguinibus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. »

Mais le Verbe a voulu que tout homme qui croit
En Lui, le Fils de Dieu, le devienne à son tour,
Ô don que ni la chair, ni le sang, mais le Roy
Accorde à l’homme seul qui naît de son amour.

« ET VERBUM CARO FACTUM EST, et habitavit in nobis, et vidimus gloriam eius, gloriam quasi unigeniti a Patre, plenum gratiae et veritatis. »

Le Verbe s’est fait chair ; Il s’est fait l’un de nous,
Et nous, qui témoignons, L’avons vu dans Sa gloire,
Gloire du Fils de Dieu qu’on adore à genoux,
À qui l’on doit offrir l’holocauste du soir.

1Voir à ce sujet l’abbé Lebrun, op. cit., pp. 590 et 591. C’est à la fin du Moyen-Âge que l’usage s’est répandu, avant d’être avalisé par saint Pie V. Toutefois, Dom Guéranger donne une explication un peu différente dans la section « Dernier Évangile » de son Explication des prières de la sainte messe, selon laquelle seule la dévotion des fidèles aurait poussé les prêtres à ajouter cette lecture à la fin de la cérémonie.

2Père de Cochem, op. cit., p. 64. Tout un chapitre est consacré à ce sujet.

3Abbé Floriot, Traité de la Messe de paroisse : où l’on découvre les grands mystères cachés sous le voile des cérémonies de la Messe publique et solennelle : et les instructions admirables que Jésus-Christ nous y donne par l’unité de son sacrifice, Helie Josset, 1684, p. 686.

4Abbé Lebrun, op. cit., p. 588. De fait, il suffit de quelques années à le lire pour se rendre compte qu’on en connaît la totalité.

5Surtout à partir de la page 529.

6J’ai suivi le découpage le plus commun à l’heure actuelle. Néanmoins, anciennement, on ne découpait pas de cette manière-là le texte, et ces trois mots, « quod factum est », étaient rattachés à la suite. De plus savants que moi diront quelle est la bonne manière de faire : j’ai cru devoir m’en tenir à l’usage.

Hostie - CC Patnac

Dix petits grains de messe – 9 – Perceptio Corporis tui…


Hostie - CC Patnac
Hostie – CC Patnac

9 – Perceptio Corporis tui…

De tous les maux qui accablent notre temps, l’indifférence et le mépris à l’égard de la sainte communion sont des plus discrets et des plus catastrophiques : on va communier par ignorance, par habitude, par imitation, par respect humain, par goût du sacrilège. Le fidèle devrait se rendre compte de l’extraordinaire présent qui lui est fait en recevant le corps du Seigneur. Voici ce que nous devrions dire en communiant :

« Ah ! Que je suis heureux de sentir en mon âme
Les savoureux effets du zèle qui m’enflamme,
Je sens, mon Dieu, je sens ces effets savoureux :
Je te prends, Homme-Dieu, Homme-Dieu, je te mange,
Et te mangeant je sens que je fais un échange
Du fiel amer du monde au miel des bienheureux.1 »

Il est certain que l’habitude de communier a tué en nous une grande part du respect et, si j’ose dire, de la terreur qu’un tel acte devrait nous inspirer.

Heureusement, l’Église veille :

« Plusieurs saints prêtres n’ont pu apercevoir le moment de la réception du précieux corps de Jésus-Christ, sans se trouver saisis d’un respect et d’un saint tremblement, qui leur ont fait demander de nouveau la rémission de leurs péchés, et les grâces que la sainte Communion doit produire dans une âme bien préparée. […] Les fidèles, qui se disposent à communier, ne sauraient rien faire de mieux que d’entrer dans l’esprit des Oraisons que le prêtre dit.2 »

La Dernière Scène - Juan de JuanesC’est pourquoi il y a avant la communion deux oraisons dont la deuxième m’est particulièrement chère et que je vous propose ici.

«Perceptio Corporis tui, Domine Jesu Christe, quod ego indignus sumere praesumo, non mihi proveniat in iudicium et condemnationem; sed pro tua pietate prosit mihi ad tutamentum mentis et corporis et ad medelam percipiendam: Qui vivis et regnas in saecula saeculorum. Amen. »

Vous recevoir en moi
Qui ne suis qu’un pécheur,
C’est recevoir le Roy,
Ô Jésus, mon Seigneur.
Ne me condamnez pas :
Certes, je ne mérite
Rien sinon le trépas ;
Mais, Seigneur, que m’évite
Votre infinie bonté
Un si pénible sort,
Et m’offre la santé
De l’esprit et du corps.

Nous n’avons absolument pas conscience de ce qui se passe à l’autel pendant la messe, mais du moins pouvons-nous en avoir une petite idée. Plusieurs images représentent assez bien, à vue humaine du moins, l’acte grandiose accompli par le Christ Lui-même : on y voit le prêtre élever la sainte hostie, entouré des servants – c’est la partie visible ; au-dessus de lui, Jésus en croix, Lui-même sous le Saint-Esprit et le Père, entouré des saints, le plus souvent la Sainte Vierge, Saint Joseph, les apôtres, les patriarches, les prophètes, et les anges, tous rendant à Dieu une gloire bien supérieure à celle de toute l’humanité.

« À la Messe, nous ne sommes pas seuls à prier, les anges ploient le genou, les archanges intercèdent pour nous. » disait saint Jean Chrysostome3.

La messe
La messe

Il me semble qu’il est bon de se rappeler, de temps en temps, de fixer le chœur et de se dire : « Invisibles au pied de l’autel, les chœurs angéliques adorent le Sauveur. » Imaginez-les, ces anges de Dieu, avec de grandes ailes et des tuniques blanches, auréolés de lumière, côte à côte avec les céroféraires, agenouillés sur ces marches que vous pouvez voir et toucher, contemplant avec une admiration surpassant de très loin tout sentiment humain la Victime très sainte offerte à l’autel !

Ce que les esprits glorieux n’ignorent point, nous n’en avons qu’une perception très limitée : la différence infinie entre Dieu et nous. Ce n’est qu’une petite parcelle blanche que nous recevons, mais elle contient plus que l’univers. Les anges le savent, eux qui sont plus grands que nous, et nous ne le savons qu’à peine ; pourtant, c’est à nous qu’il a été donné de recevoir la Sainte Communion. Songeons même que, si pauvres chrétiens que nous soyons, si pécheurs que nous sommes, il nous a été octroyé une grâce qui n’a pas été accordée aux saints patriarches et prophètes : Jacob, Moïse, Élie, ont-ils reçu le corps du Seigneur Lui-même ? À vrai dire, cette pensée les eût probablement tués de terreur, parce qu’ils concevaient fort bien quelle différence il y a de Dieu à nous. Abraham, comme on l’a vu, a peut-être goûté déjà à l’Eucharistie, s’il est vrai que le sacrifice de Melchisédech est le même que celui du Christ4, mais il ne l’a pu qu’une fois ; quant à nous, cela nous est accordé tous les jours, et même plus d’une fois dans certaines circonstances particulières.

C’est pourquoi cette prière nous fait supplier le Seigneur de ne point regarder notre faiblesse et nos fautes qui nous rendent plus indignes encore de Le recevoir. Comment donc se fait-il que nous puissions approcher de l’Eucharistie puisque nous en sommes indignes ? Cela se fait parce que le Seigneur Lui-même l’a voulu et, pour que la justice ne fût point blessée par de telles atteintes, Il nous applique avec une grande bonté les mérites de Sa passion et de Sa mort, du moins dès lors que nous sommes enclins à les recevoir, c’est-à-dire lorsque nous sommes en état de grâce.

L'Agneau de Dieu
L’Agneau de Dieu

L’Eucharistie nous permet d’être plus forts spirituellement mais notez bien que la prière parle aussi de la santé du corps, et non seulement de l’âme. Il y a là comme une marque de la délicatesse divine qui va jusqu’à songer à la partie la moins élevée de Sa création à laquelle Il a pourtant daigné s’associer. Évidemment, la chair n’est pas la fin en soi, mais

« le corps sacré de l’Agneau sans tache doit faire dans notre corps une impression de courage et de force contre la mollesse et la concupiscence de notre chair. Jésus-Christ est le Lion de la Tribu de Juda ; et la participation de sa chair adorable doit nous rendre des lions terribles au démon, et nous fortifier contre nous-mêmes.5 »

Puissions-nous nous donc transformer nos cœurs en petits ermites uniquement préoccupés de Dieu pendant que nous recevons

« le prodige de la charité divine, le présent ineffable que les anges nous envient, l’union adorable et parfaite du Créateur avec sa faible créature, l’honneur le plus effrayant et le plus doux où l’homme puisse être élevé sur la terre.6 »

1Jean de Sponde, « Stances du Sacré Banquet et Convive de Jésus-Christ », treizième strophe.

2Abbé Lebrun, op. cit., pp. 526-527

3Cité par le R.P. Martin de Cochem, op. cit., p. 170.

4Sur ce point, je n’oserais trop m’avancer ; je recevrais avec une particulière attention toutes les critiques qui pourraient m’être faites à ce sujet et corrigerais aussitôt. Que le lecteur peu versé dans ces matières ne prenne donc pas mes phrases pour parole d’Évangile mais fasse confiance aux vrais docteurs : pour ma part, je ne cherche qu’à répéter ce que j’ai appris.

5Abbé Lebrun, op. cit., p. 533

6Paroissien Romain très complet à l’usage du diocèse de Luçon, Mame, 1891, p. 66.

Sacrifices d'Abel, Melchisédech et Abraham - Basilique Saint-Apollinaire (Ravenne) - CC José Luiz

Dix petits grains de messe – 8 – Supra quae…


Sacrifices d'Abel, Melchisédech et Abraham - Basilique Saint-Apollinaire (Ravenne) - CC José Luiz
Sacrifices d’Abel, Melchisédech et Abraham – Basilique Saint-Apollinaire (Ravenne) – CC José Luiz

8 – Supra quae

Ce n’était qu’avec de grands scrupules et la main tremblante que Tolkien osait écrire sur les mystères fondamentaux du monde : la Création de l’homme, la Chute, la Rédemption. Il est déjà audacieux à un laïc comme moi de tenter de parler pertinemment du plus grand mystère à l’œuvre dans le monde pour oser de surcroît commenter les paroles terribles et sublimes de la Consécration. Ce n’est jamais sans un frémissement que je les entends à la messe, lorsque je sers à l’autel, ou que je les récite mentalement lorsque je suis trop loin pour les entendre. Si un incroyant devait me lire, qu’il n’en vienne pas à penser que ce passage a été laissé de côté pour son peu d’importance : c’est au contraire sa sublimité qui me retient d’en oser toucher un seul mot.

Après la Consécration a lieu l’offrande à Dieu de la Divine Victime, dont nous avons rapidement parlé dans l’article précédent. La prière qui suit rappelle trois sacrifices de l’Ancien Testament qui sont des annonciateurs du seul Sacrifice parfait :

Supra quæ propítio ac seréno vultu respícere dignéris: et accépta habére, sícuti accépta habére dignátus es múnera púeri tui justi Abel, et sacrifícium Patriárchæ nostri Abrahæ: et quod tibi óbtulit summus sacérdos tuus Melchísedech, sanctum sacrifícium, immaculátam hóstiam.

Sur cette Victime adorable
Jetez un regard favorable,
Mon Dieu !

Le présent de l’enfant Abel,
Moins élevé, Vous parut bel
Et pieux.

Le sacrifice d’Abraham
Réjouit, sans secours de la lame,
Vos yeux.

Melchisédech, prêtre éternel,
Plut par ses rites solennels
Aux Cieux.

Ils annoncent le sacrifice
Parfait et saint de Votre Fils
Glorieux.

Rubens - Le péché originel
Rubens – Le péché originel

C’est peu dire que l’Ancien Testament est long et que le nombre de ses livres est élevé ! Le nombre de sacrifices qui y sont évoqués est également très grand, et cependant, c’est d’un seul et même livre, la Genèse, le premier et le plus ancien, que sont tirés tous ces exemples préfigurant le seul Sacrifice parfait, comme pour montrer que, dès l’origine, le dessein divin n’avait en vue que ce dernier.

Les rédacteurs du Canon, durant des siècles d’affinement, auraient pu rajouter, pourquoi non, les sacrifices instaurés par la loi mosaïque, mais ils ne l’ont pas fait. Ce n’était pas que ces sacrifices étaient sans valeur, loin de là : le sacrifice du soir, dont on a fait mention au cinquième article de cette série, est cité dans l’Offertoire.

Pour le comprendre, voyons les interprétations de ce passage, qui sont nombreuses ; non point contradictoires, mais complémentaires. J’aimerais vous montrer quelle richesse se cache dans ces mots que, pour ma part, j’ai lu des années sans y réfléchir. Lorsque vous aurez parcouru ces quelques lignes, qui ne font que brosser à grands traits des tableaux peints par nos maîtres commentateurs, songez bien qu’il ne s’agit que d’un très court passage de la Messe, et brûlez d’en apprendre autant sur le reste.

Mais commençons par Adam : quel était son sacrifice ? De quelle manière offrait-on à Dieu, dans cet état de perfection ? Lisons l’abbé Olier :

« Adam se sacrifiait ainsi à Dieu dans le Paradis terrestre, lorsque mangeant des fruits qui lui étaient permis, il les détruisait et immolait à la gloire de Dieu. Car consommant en lui-même la chose qu’il mangeait, il la rapportait et la faisait retourner à Dieu par l’extase et par les transports continuels qu’il faisait de soi-même en lui. Et c’est l’obligation essentielle de la religion, de faire retourner en Dieu tout ce qui en est sorti.1 »

Dans l’état de perfection, nul besoin de privation comme on l’entend maintenant lorsqu’on parle de sacrifice ; mais l’essentiel, le retour à Dieu de ce qui Lui revient, cela reste valable même après le péché.

Continuons par Abel. Nous connaissons tous l’histoire, relatée au chapitre IV de la Genèse. Caïn et Abel, fils d’Adam et d’Ève, hommes de la deuxième génération, offrent tous deux un sacrifice au Seigneur ; le premier fait présent de fruits de la terre, car il est laboureur ; le second offre la graisse et les premiers-nés de ses agneaux, car c’est un pasteur. Dieu agrée le sacrifice d’Abel, mais non celui de Caïn, raison pour laquelle ce dernier assassine son frère.

Le sacrifice d'Abel - Schnorr von CarolsfeldQue représente Abel ? Premièrement, les sacrifices de la religion naturelle, celle qui existe sans révélation mais sans altération démoniaque, sans tous les mensonges qui se sont infiltrés dans toutes les religions qui sont, pour cette raison et à bon droit, qualifiés de fausses ; secondement, Abel tué par son frère représente le Christ tué par ses frères Juifs ; troisièmement, Abel, mort, représente seulement Jésus mourant en croix. Quoique Abel ait reçu le noble titre de juste serviteur de Dieu2, son sacrifice est le moins grand des trois.

Celui d’Abraham est raconté au chapitre 22. Dieu demande à Son serviteur de Lui offrir son fils unique, Isaac, celui-là même que Dieu lui avait concédé alors que son mariage était demeuré stérile jusqu’à la vieillesse. Le Patriarche, cependant, n’hésite point et s’apprête à sacrifier son fils lorsque la main d’un ange le retient et lui donne un bélier qu’il offre à la place d’Isaac.

Le sacrifice d’Abraham, le seul Hébreu des trois hommes de cette prière, représente premièrement le sacrifice de l’ancienne alliance, conclue par Dieu avec lui ; deuxièmement, Isaac sur le point d’être sacrifié par son père représente le Fils de Dieu offert par la volonté du Père ; troisièmement, ce sacrifice représente non seulement la mort, mais aussi la résurrection de Jésus, puisque Isaac ne meurt point. Selon l’abbé Lebrun,

« il y a bien lieu de croire qu’Abraham a eu en vue ce mystère, puisque Jésus-Christ a dit de lui, qu’« il avait vu son jour, et qu’il s’en était réjoui.« 3 »

Le sacrifice d'Abraham - Le DominiquinMais le sacrifice de Melchisédech est de loin le plus intéressant. À bien des égards, ce personnage biblique est des plus fascinants, à cause de l’importance qu’il a et du peu de références qu’on y fait : trois en tout et pour tout. Ce qui est dit à son sujet de la Genèse tient en deux phrases :

« Melchisédech, roi de Salem, offrant du pain et du vin, parce qu’il était prêtre du Dieu très haut, bénit Abram4, en disant : Qu’Abram soit béni du Dieu très haut, qui a créé le ciel et la terre ; et que le Dieu très haut soit béni, lui qui par sa protection vous a mis vos ennemis entre les mains. Alors Abram lui donna la dîme de tout ce qu’il avait pris.5 »

Encore une fois, trois interprétations complémentaires peuvent être faites : le sacrifice de Melchisédech est celui de la nouvelle alliance éternelle ; il représente également la nourriture éternelle du Père, figuré ici par Abraham, laquelle nourriture est Son propre Fils ; il représente non seulement la mort, mais aussi la résurrection et l’ascension du Seigneur.

Il y a dans le texte de la messe une apposition fascinante qui qualifie le sacrifice de Melchisédech de saint, et sa victime d’immaculée. De tels qualificatifs ont posé des problèmes à de nombreux lecteurs attentifs des textes car ils ne devraient s’appliquer qu’au seul sacrifice du Christ. Cependant, l’Église non seulement n’a pas corrigé cette erreur prétendue, mais en outre s’est expliquée.

Melchisédech, roi et prêtre de Salem, c’est-à-dire de Jérusalem, non-Hébreu associé aux Hébreux par le sacrifice, sans généalogie, est une préfiguration du Christ Lui-même et son sacrifice, aux dires des commentateurs, est le même que celui du Christ, dont il n’est pas seulement une préfiguration, contrairement aux autres, mais

« qu’il est le Sacrifice même que Jésus-Christ a, pour ainsi dire, continué.6 »

« L’oblation de Melchisédech a si parfaitement préfiguré le sacrifice de la nouvelle alliance que cette prédiction en a été tirée : Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech, lequel, selon l’Apôtre : est assimilé au Fils de Dieu et reste prêtre perpétuellement.7 »

Le sacrifice de Melchisédech - CC Wolfgang Sauber
Le sacrifice de Melchisédech – CC Wolfgang Sauber

Concluons cet article avec l’abbé Lebrun :

« N’oublions pas aussi qu’Abel, Abraham, et Melchisédech nous ont montré quels doivent être nos Sacrifices. Abel offrit ce qu’il avait de meilleur, Abraham immola ce qu’il avait de plus cher. Melchisédech n’offrant que des choses aussi communes que sont le pain et le vin, éloigne du sacrifice toute ostentation, n’offrant que pour la seule gloire de Dieu.8 »

1Abbé Olier, op. cit., p. 433

2Bien que ‘puer’ signifie d’abord enfant, il a aussi le sens de serviteur, plus juste ici. Ma paraphrase est en cela quelque peu infidèle.

3Abbé Lebrun, op. cit., p. 438

4Nom porté par Abraham avant que Dieu ne lui en donne un nouveau. La rencontre de Melchisédech a lieu avant ce changement de nom.

5Genèse, 14, 18-20. Traduction de l’abbé Fillion.

6Abbé Lebrun, op. cit., p. 440

7« Oblation quoque Melchisedech tam proprie novum sacrificium praesignavit, ut inde praedictum sit : Tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech, qui secundum Apostolum : Assimilatur Filio Dei, manet sacerdos in perpetuum. » Durand de Mende, op. cit., p. 278. Cet extrait contient les deux seules autres références à Melchisédech : la première est tirée du psaume 109, verset 4 ; la seconde vient du tout début du chapitre 7 de l’Épître de Saint Paul aux Hébreux, chapitre qui s’attache à montrer le lien entre Melchisédech et le Christ.

8Abbé Lebrun, op. cit, p. 441.

Simone Martini - L'élévation de l'Hostie

Dix petits grains de messe – 7 – Haec dona…


Simone Martini - L'élévation de l'Hostie
Simone Martini – L’élévation de l’Hostie

7 – Haec dona…

« Benedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata. »

« Bénissez ces dons, ces présents, ces sacrifices saints et sans tache.1 »

Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas voulu traduire, c’est-à-dire paraphraser, le texte de la messe sous la forme d’un poème. Pourquoi ? C’est que la précision est ici de mise et que mes traductions, comme vous avez pu le remarquer, n’ont absolument pas cette qualité (j’espère que d’autres compensent cette absence !)

Longtemps me suis-je demandé, en lisant la première prière du Canon où se trouve cet extrait : « Pourquoi donc l’Église prend-elle plaisir à répéter mille fois les mêmes choses ? Pourquoi accumuler des synonymes ? » D’autant que ce n’est pas le seul endroit où l’on trouve des répétitions : songez à ces longues répétitions que sont les litanies…

Les dons et les présents, cela a exactement le même sens ; et si le mot « sacrifices » n’a pas le même sens, est-ce que, de toute façon, ça ne désigne pas exactement la même chose, à savoir le pain et le vin qui sont sur l’autel, peu avant d’être consacrés ? Au fond, un seul mot n’aurait-il pas suffi ? J’avais même l’outrecuidance insensée de penser que, le jour où la messe traditionnelle serait rétablie, il serait certainement nécessaire de faire des modifications car cela n’irait pas sans compromis ; et ma foi, j’étais tout à fait prêt à abandonner ces quelques mots à la furie des simplificateurs, pourvu qu’on conservât le reste.

Fou et insensé que j’étais ! À présent, jugez-moi fol si vous le voulez, traitez-moi d’obscurantiste, de passéiste, de maniaque et de tous les mots d’oiseaux appropriés qui passeront entre vos deux oreilles, je n’ai plus qu’un souhait : qu’on ne touche plus à rien avant au moins trois ou quatre siècles, quand nos successeurs seront sortis de la longue convalescence qui ne manquera pas de succéder à la fureur de la maladie dont, je l’espère, nous vivons les derniers feux.

Plus j’ai étudié la messe, plus j’ai lu à son sujet, plus mon admiration a cru, plus j’ai eu le désir que ce trésor inestimable soit conservé tel quel, sans rien changer, et surtout sans rien retrancher. Imagine-t-on une commission confier à Jackson Pollock le soin de repeindre le visage de la Joconde pour l’adapter à la modernité ? On crierait au scandale ! C’est pourtant ce qu’on a fait il y a soixante ans avec la messe : Mgr Bugnini a été le Jackson Pollock de la liturgie2.

Dans la messe, il n’existe rien sans une excellente raison. C’est bien évidemment le cas ici. D’après l’abbé Lebrun, il existe une différence fondamentale entre les dons et les présents : les premiers sont donnés par les supérieurs aux inférieurs ; les seconds par les inférieurs aux supérieurs. Comment se fait-il alors que les espèces sont appelées ainsi ?

« Le pain et le vin qui sont sur l’Autel sont appelés dons, dona, par rapport à Dieu, de qui nous viennent tous les biens ; ils sont nommés présents, munera, par rapport aux hommes qui les présentent à Dieu. Nous ne pouvons lui offrir que ses dons : Toutes choses sont à vous, Seigneur.3 »

Et pourquoi le pain et le vin sont-ils appelés sacrifices ?

« Premièrement, parce qu’ils sont choisis et séparés de tout usage, pour être consacrés à Dieu […] Secondement, parce qu’on envisage alors ces dons comme le futur corps de Jésus-Christ, qui est l’unique hostie sainte et sans tache.4 »

Cette prévision du Christ dans les oblats rejoint l’opinion de Dom Guéranger5.

Sainte Hostie de la Chapelle de Dijon - Barthélémy d'Eyck (attribution)
Sainte Hostie de la Chapelle de Dijon – Barthélémy d’Eyck (attribution)

L’abbé Olier a une autre explication qui complète celle de l’abbé Lebrun : après avoir fait remarquer que les trois mots correspondent aux trois bénédictions que le prêtre accomplit à ce moment-là, il ajoute :

« Par le mot munera, on entend les présents qui doivent être au milieu des offrandes sacrées […] C’est pour cette considération qu’on met ce mot Munera, au milieu de ceux-ci : Dona et sacrificia. Car le mot Dona signifie le pain, et Sacrificia signifie le vin.6 »

N’est-ce pas contradictoire ? En fait, ces mots ont une profondeur si grande qu’ils symbolisent plusieurs choses à la fois. L’exégèse biblique ne procède pas autrement.

On trouve un magnifique écho de ces trois mots dans la prière qui suit immédiatement la consécration :

« Offerimus […] hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam, panem sanctum vitae aeternae, calicem salutis perpetuae. »

« Nous offrons l’hostie pure, l’hostie sainte, l’hostie immaculée, le pain saint de la vie éternelle et le calice du salut éternel. »

Il me semblait, là encore, qu’on pouvait se passer de toutes ces redites, qu’on pouvait garder l’une de ces expressions, indifféremment.

Chacune a pourtant sa valeur :

« L’hostie pure, l’hostie sainte, l’hostie immaculée, c’est-à-dire l’Eucharistie, préservée de tout péché, originel, véniel ou mortel.7 »

À présent que j’ai été instruit et édifié, ma sensibilité a crû étonnamment et, riez si vous le voulez (je ne vous donnerai pas tort !), j’ai presque des soupirs intérieurs en prononçant ces mots d’hostie pure, d’hostie sainte, d’hostie immaculée. Je ne vais pas à la messe pour avoir des sensations et pour m’y sentir bien ; ce n’est pas ce que j’y recherche ; néanmoins, il m’arrive d’éprouver parfois de tels attendrissements.

Il me semble que la répétition a en elle-même quelque chose de profondément religieux8, pour le meilleur ou pour le pire. J’ai déjà touché un mot des litanies, mais on pourrait parler du chapelet, du rosaire, de la répétition systématique des offices, de l’année liturgique… On dit que les moines sont déjà entrés dans l’éternité, sans doute parce qu’ils ont aussi la vie la plus régulière, la plus répétitive qui soit. La répétition est le seul moyen, me semble-t-il, de donner l’idée de l’éternité dans ce siècle fuyant ; il est le seul moyen de donner une idée de la grandeur de Dieu : on cherche sans cesse un nouveau mot, mais jamais on ne parvient à épuiser l’infini.

Un calice, vase qui contient le Précieux Sang de Notre-Seigneur - CC Sailko
Un calice, vase qui contient le Précieux Sang de Notre-Seigneur – CC Sailko

C’est une chose qui semble si vraie qu’on la retrouve partout : chez les hindous qui répètent leurs mantras ; chez les musulmans qui récitent les 99 noms d’Allah9 ; chez Baudelaire, qui ne trouve rien de mieux que d’écrire des Litanies de Satan10 ; chez nos contemporains, enfin, dont la musique techno (et ses dérivés) se répète sans cesse pour rendre l’instant éternel.

En fin de compte, il semble que je doive donner raison à Péguy lorsqu’il écrivait ses poèmes répétitifs et monotones. Je ne puis résister à l’envie de donner un extrait du huitième poème de La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc, où l’expression « Les armes de Jésus » répond inlassablement à « Les armes de Satan » :

« Les armes de Jésus c’est la race future,
C’est le riche missel, c’est la miniature.
Et le ciel et l’enfer et la terre en peinture
Les armes de Satan c’est la mésaventure,
Le traître couronné, la mauvaise lecture,
Les armes de Satan c’est la littérature. »

1D’après la traduction de l’abbé Lebrun, op. cité p. 355.

2Je ne veux pas faire de Mgr Bugnini le seul responsable de ce désastre ; cette image est seulement destinée à frapper le lecteur. Pour plus d’informations, je suggère au lecteur le livre de l’abbé Barthe, La Messe de Vatican II, Via Romana, à propos duquel j’ai déjà touché un mot sur ce blogue.

3Abbé Lebrun, op. cité, p. 357

4Ibid, pp. 357-358.

5« Bénissez-les, non dans leur sens matériel de pain et de vin, mais en considérant le corps et le sang de votre Fils, auxquels ils vont être changés. Aussi est-ce pour bien montrer qu’il a en vue le Christ que le Prêtre marque du signe de la Croix le pain et le vin. » Dom Guéranger, op. cité, section Te igitur.

6Abbé Olier, op. cité, p. 383.

7« Hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam, idest Eucharistiam, immunem ab omni culpa originali, veniali, et criminali. » Durand de Mende, Rationale Divinorum Officiorum, Joseph Dura, 1859, p. 277.

8« La répétition imitative est propre au mouvement rituel », écrit l’abbé Barthe. (La Messe, forêt de symboles, Via Romana, p. 135.)

9La récitation de ces 99 noms est d’ailleurs censée offrir le paradis à celui qui les récite : « Certes Dieu a 99 noms, cent moins un. Quiconque les énumère entrera dans le Paradis ; Il est le singulier qui aime qu’on énumère ses noms un à un. » (Hadith de Boukhari). On retrouve bien cette idée d’éternité liée à la répétition.

10Dans Les Fleurs du Mal. On ne m’en voudra pas de citer Baudelaire dans un article parlant de la messe : je n’ai fait que prendre exemple sur l’abbé Barthe qui a carrément donné au titre de son livre une couleur baudelairienne (La Messe, une forêt de symboles). Pauvre Baudelaire. Puisse-t-il s’être jeté aux pieds de la croix, comme le lui suggéra Barbey d’Aurevilly, au moment où plus personne ne pouvait le comprendre.