Jean de la Ceppede - Les Théorèmes

Super flumina Babylonis – Jean de la Ceppede


Les Théorèmes de Jean de la Ceppede
Les Théorèmes de Jean de la Ceppede

La Ceppede, poète marseillais de la fin du XVIème siècle, est connu surtout pour avoir écrit Les Théorèmes, œuvre par laquelle je l’ai découvert, et jugé, trop vite d’ailleurs. Ce recueil de sonnets me déplaisait par une tendance à la répétition digne de Péguy, une lourdeur dans l’expression qui finit par lasser. Ce n’est qu’en parcourant une anthologie de poésie religieuse qu’il m’a fallu admettre que j’avais tort : La Ceppede n’était peut-être pas un grand poète dans les sonnets que j’avais lus, mais dans d’autres poèmes, quelle ferveur, quel talent, et l’on comprend pourquoi Malherbe avait pour lui tant d’admiration. Je fais donc mon mea culpa et vous présente aujourd’hui une paraphrase du psaume 136 (137 dans les éditions modernes).

Bannis de l’air natal, quand le joug tyrannique
Nous traîna sur les bords du flot babylonique
Soupirant étonnés en ces barbares lieux,
Ton image, ô Sion, roulant par nos pensées
Rengregeait les regrets de nos joies passées,
Et détrempait le sable aux torrents de nos yeux.

Nos luths pendaient muets aux saules du rivage
Quand ceux qui triomphaient de notre dur servage
Ennuyés, offensés de nos tristes façons,
Commandent que chacun son courage ranime :
Entonnez, disaient-ils, les Hymnes de Solyme
Et nous réjouissez de vos belles chansons.

Eh, pourrions-nous chanter des chansons d’allégresse,
Ni desserrer les dents au fort de la détresse,
Qui nous porte aux abois d’un langoureux trépas ?
Comme chanterons-nous du grand Dieu les Cantiques,
Disions-nous en pleurant, hors de nos saints portiques,
Au pays étranger, qui ne le connaît pas ?

Belle et chère Salem, doux séjour de nos Pères,
Qu’ores te profanant pour plaire à ces vipères
Nous perdions le respect de ton cher souvenir,
Jà n’advienne : et plutôt restent nos mains séchées,
Plutôt soient à nos dents nos langues attachées,
Que d’avoir ce reproche aux siècles à venir.

Seigneur, ressouviens-toi des feux de cette engeance,
De ces enfants d’Edom quand ta juste vengeance
Les arma contre nous, pour nos débordements.
Foudroyons, criaient-ils, détruisons cette ville,
Attrainons après nous sa peuplade servile,
Rasons ses vieilles murs rez-pied des fondements.

Fille de Babylon, ta superbe insolence
Recevra de celui qui les foudres élance
Un traitement pareil, vengeur de ton méfait :
Heureux, par qui seront tes murailles rasées,
Et de tes enfançons les têtes écrasées,
Heureux, qui te rendra le mal que tu nous fais.

Enfin, comme vous l’avez sans doute remarqué, ce blogue a quelque peu évolué. Je songeais à ce changement depuis six mois, sans pouvoir trouver la disposition d’esprit nécessaire. C’est chose faite : bienvenue, en 2015, sur

O Crux ave spes unica !

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