La Pentecôte

Samedi des Quatre-Temps de Pentecôte – Postcommunion


Postcommunio.
Prǽbeant nobis, Dómine, divínum tua sancta fervórem : quo eórum páriter et actu delectémur et fructu. Per Dóminum.

La Pentecôte
La Pentecôte

Prosterne-toi mon cœur, jette ton front par terre
Et redis la grandeur des célestes mystères.
Rappelle-toi le jeûne avec les privations,
Rappelle-toi la mort et la résurrection,
Rappelle-toi Jésus qui monte avec Son corps
Et l’Esprit qui descend comme des langues d’or.
Ô mystère sacré qui prend fin aujourd’hui
Mais dont l’éternité goûte à jamais le fruit !
Accordez, ô Seigneur, à nos âmes boiteuses
De garder en présent ces heures bienheureuses.

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Saint Marc - Jean Bourdichon

Saint Marc – Alléluia


Allelúia, allelúia. V/. Ps. 88, 6. Confitebúntur cæli mirabília tua, Dómine : étenim veritátem tuam in ecclésia sanctórum.
Allelúia. V/. Ps. 20, 4. Posuísti, Dómine, super caput eius corónam de lápide pretióso. Allelúia.

Saint Marc - Jean Bourdichon
Saint Marc – Jean Bourdichon

Les Cieux publieront Vos exploits,
Ô mon Seigneur !
Ils rappelleront Votre loi,
Votre Vérité dans le cœur
Du peuple dont Vous êtes Roy.

Combien ce serviteur Vous aime !
Sur son front pieux,
Vous avez posé un diadème
D’or serti de rubis précieux
Quand s’est achevé son carême.

Le Christ, Tsar des Tsars - Alexandre Kazantsev

Lundi de la première semaine de Carême – Collecte


Oratio.
Convérte nos, Deus, salutáris noster : et, ut nobis ieiúnium quadragesimále profíciat, mentes nostras cæléstibus ínstrue disciplínis. Per Dóminum.

Tournez vers Vous, Seigneur,
Nos âmes et nos cœurs ;
Pour que la mortification
De nos sens et de nos passions
En ces quarante jours
Nous ouvre à Votre amour,
Faites connaître à nos esprits
Vos préceptes d’un si grand prix.

Le Christ en Croix

Vexilla Regis – Stances #78 – Liturgie #4 – Hymne #3


Le Christ en croix
Le Christ en croix

Il n’était pas possible d’achever ce Carême sans une adaptation du Vexilla Regis de saint Venance Fortunat, dont le vers le plus remarquable donne le titre de ce blogue. J’aurais voulu me tenir au plus près de ce texte admirable en employant la même métrique ; malheureusement, le manque de temps et la moindre concision de notre langue ne me l’a pas permis.

Note sur le texte : il existe plusieurs versions du Vexilla Regis ; je me suis fondé non sur le texte original, mais sur le texte liturgique, qui compte moins de strophes et quelques modifications notables.

Vexilla Regis prodeunt:
fulget Crucis mysterium,
qua vita mortem pertulit,
et morte vitam protulit.

Quae, vulnerata lanceae,
mucrone, diro, criminum
ut nos laveret sordibus,
manavit unda et sanguine.

Impleta sunt quae concinit
David fideli carmine,
dicendo nationibus:
regnavit a ligno Deus.

Arbor decora et fulgida,
ornata Regis purpura,
electa digno stipite
tam sancta membra tangere.

Beata, cuius brachiis
pretium pependit saeculi:
statera facta corporis,
praedam tulitque tartari.

O Crux ave, spes unica !
hoc Passionis tempore,
piis adauge gratiam,
reisque dele crimina.

Te, fons salutis Trinitas,
collaudet omnis spiritus:
quibus Crucis victoriam
largiris, adde praemium. Amen.

Voyez venir vers nous les étendards du Roy,
Et voyez resplendir la mystérieuse Croix :
C’est la Vie qui du bois est tombée dans la mort,
Et c’est de cette mort qu’à jamais la vie sort.

Percé par une lance en un dernier assaut,
Du côté du Seigneur un rouge et blanc ruisseau,
Ru pur et plein d’amour qui coule sur le monde
Qui lave nos péchés et nos fautes immondes.

Ce qui jusqu’à ce jour demeurait imprécis,
Et sous le voile saint d’antiques prophéties,
Ce que David chanta devint clair à cette heure :
« Sur un trône de bois règnera le Seigneur. »

Oh, quel arbre sans prix, quel arbre merveilleux,
Revêtu de la pourpre, et de celle de Dieu !
Lui qu’on a jugé digne entre toutes les souches
Qu’il serve cet Agneau, qu’il le porte et le touche !

Ô bienheureuse Croix dont les immenses bras
Ont porté ce que l’homme a fait, fait et fera,
Ô Croix, toi qui soutins la très sainte Victime
Qui ravit l’homme au diable et racheta nos crimes.

Ô Croix, seule espérance, ô Croix, je te salue !
Ô Croix, source de vie, servante du Salut,
En ces temps douloureux, fais croître en nous la grâce,
Et de la moindre faute, efface toute trace.

Fontaine de Salut, ô Sainte Trinité,
Que tout être Vous loue sans jamais s’arrêter ;
Vous nous avez donné par la Croix la victoire :
Accordez nous son fruit, donnez-nous de Vous voir.

Saint Venance Fortunat lisant ses poèmes à sainte Radegonde

Crux benedicta nitet – Stances #77 – Liturgie #4 – Hymne #2


Saint Venance Fortunat lisant ses poèmes à sainte Radegonde
Saint Venance Fortunat lisant ses poèmes à sainte Radegonde

En faisant quelques recherches sur ce poème, j’ai découvert que Dom Guéranger le note comme l’hymne chantée habituellement au Vêpres du dimanche de la Passion. Heureuse coïncidence ! Voici donc une hymne de saint Venance Fortunat, moins connue que le Vexilla Regis, mais non moins intéressante, consacrée au saint arbre de la Croix.

Crux benedicta nitet, Dominus qua carne pependit,
Atque cruore suo vulnera nostra lavit ;
Mitis amore pio pro nobis victima factus,
Traxit ab ore lupi qua sacer agnus oves ;
Transfixis palmis ubi mundum a clade redemit,
Atque suo clausit funere mortis iter.
Hic manus illa fuit clavis confixa cruentis,
Quae eripuit Paulum crimine, morte Petrum.
Fertilitate potens, O dulce et nobile lignum,
Quando tuis ramis tam nova poma geris ;
Cuius odore novo defuncta cadavera surgunt,
Et redeunt vitae qui caruere die ;
Nullum uret aestus sub frondibus arboris huius,
Luna nec in nocte, sol neque meridie.
Tu plantata micas, secus est ubi cursus aquarum,
Spargis et ornatas flore recente comas.
Appensa est vitis inter tua brachia, de qua
Dulcia sanguine vina rubore fluunt.

Croix sainte, Croix bénie, ô Croix, comme tu brilles,
Toi qui de Dieu portas la Chair, sainte guenille,
Toi sur qui ruissela ce Sang qui nous lava,
Toi sur qui le Seigneur, prostré, nous releva.

Par quel profond amour s’offrit-Il en victime
Pour sauver l’enfant d’Ève et racheter ses crimes !
Voici : l’Agneau divin et transpercé de clous
Arrache les brebis à la gueule du loup.

Accroché sur le bois, Il libère le monde
Qui tombait dans le gouffre où Son absence gronde,
Et trépassant pour nous, il referme le pas
Du trépas, afin que l’homme n’y passe pas.

Voyez l’illustre main, cette main innocente,
Cette main transpercée d’une pointe sanglante :
Voyez-la tirer Paul des fureurs meurtrières,
Voyez-la de la mort tirer vers elle Pierre.

Arbre sec, mais fécond, ô doux et noble bois
Qui dans l’obscurité pour les hommes flamboie,
Je loue sans me lasser tes grands et lourds rameaux
Qui portent le seul fruit qui guérit tous nos maux.

Tu répands ton parfum, et sur toute la terre
Les cadavres puants sortent du cimetière ;
Eux qui, raides, gisaient dans l’ombre de la nuit,
Ils vivent de nouveau quand tu les éblouis.

Oh, quel astre pourrait avoir assez de flammes
Pour calciner celui qui aura mis son âme
Sous cette frondaison, cette fraîche ramée
Qu’a tressée ce Seigneur qui nous a tant aimés ?

Arbre du seul salut, ô Croix universelle,
Arbre pur et sacré qui sans cesse étincelles,
Ta chevelure d’or se répand en tous lieux
Et verse mille fleurs qui fleurent le bon Dieu.

Le fruit neuf de la vie pend à tes longues branches,
Fruit si gros et si lourd qu’elles tremblent et penchent ;
Venez boire le vin, ce rouge et riche vin
Qui s’écoule, ce sang d’un Dieu qui pour nous vint.

Ad te reversis exhibe remissionis gratiam

Audi benigne Conditor – Hymne #1 – Stances #76 – Liturgie #3


Ad te reversis exhibe remissionis gratiam
Ad te reversis exhibe remissionis gratiam

On chante aux Vêpres, tout au long du Carême, une hymne de saint Grégoire le Grand dont je vous propose ici une adaptation en vers français. J’en profite pour vous annoncer qu’à partir de cette semaine, et ce jusque vers début juillet, pour des raisons personnelles, je ne pourrai pas tenir le blogue quotidiennement. La parution sera désormais hebdomadaire jusqu’à cette date. Je me confie également à vos prières : si vous pouviez dire un Ave Maria pour moi, j’en serais déjà très heureux. Merci d’avance.

Audi benigne Conditor,
nostras preces cum fletibus,
sacrata in abstinentia
fusas quadragenaria.

Scrutator alme cordium,
infirma tu scis virium;
ad te reversis exhibe
remissionis gratiam.

Multum quidem peccavimus,
sed parce confitentibus,
tuique laude nominis
confer medelam languidis.

Sic corpus extra conteri
dona per abstinentiam,
ieiunet ut mens sobria
a labe prorsus criminum.

Praesta, beata Trinitas,
concede, simplex Unitas,
ut fructuosa sint tuis
haec parcitatis munera. Amen.

Ô Créateur plein de bonté,
Voyez Vos enfants sangloter
Et, dans le jeûne du Carême,
Implorer leur Juge suprême.

Doux érudit du cœur humain,
Vous le savez faible en chemin ;
Malgré son manque de mérite,
Pardonnez à l’âme contrite.

Nous avons péché contre Vous,
Mais à tout homme qui l’avoue,
Veuillez remettre en Votre honneur
Le médicament salvateur.

Si brisé par la privation,
Notre corps fait sa soumission,
Qu’à son tour se prive notre âme
De la faute et de Votre blâme.

Veuillez, très sainte Trinité,
Daignez, seule Divinité,
Donner des fruits perpétuels
Pour le jeûne de Vos fidèles.
Amen.

Tympan de la cathédrale d'Autun

Fac > judicii – Stabat Mater #8 – Stances #81


Tympan de la cathédrale d'Autun
Tympan de la cathédrale d’Autun

Fac me plagis vulnerari,
fac me cruce inebriari,
et cruore Filii.

Flammis ne urar succensus
per te Virgo, sim defensus
in die judicii.

Que ma trop tendre chair reçoive Ses blessures,
Que je sois enivré de Son sang saint et pur,
Qu’à mon tour, je porte la Croix.

Ne me laissez point choir, ô Mère, dans les flammes !
Soyez mon avocate et défendez mon âme
Au jour où jugera le Roy.

La Sainte Vierge et Saint Jean au pied de la Croix

Fac > desidero – Stabat Mater #6 – Stances #79


La Sainte Vierge et Saint Jean au pied de la Croix
La Sainte Vierge et Saint Jean au pied de la Croix

Fac me tecum pie flere,
Crucifixo condolere,
donec ego vixero.

Iuxta crucem tecum stare,
et me tibi sociare
in planctu desidero.

Faites que tout en moi, cœur, esprit et corps, pleure
Pour votre Fils Jésus excédé de douleurs,
Aussi longtemps que je vivrai.

Je veux, dès aujourd’hui vous prendre pour modèle,
Rester, tout comme vous, près de la Croix, fidèle
Au seul Sauveur vivant et vrai.

Triptyque représentant Jésus crucifié entouré de Sa Mère et de saint Jean

Stabat > gladius – Stabat Mater #1 – Stances #73


Triptyque représentant Jésus crucifié entouré de Sa Mère et de saint Jean
Triptyque représentant Jésus crucifié entouré de Sa Mère et de saint Jean

En ce temps de Carême, je vous propose une adaptation du Stabat Mater qui s’achèvera vendredi en huit. Vous découvrirez chaque jour deux tercets. Le titre de l’article donnera le premier mot du premier tercet, et le dernier du deuxième tercet.

Stabat Mater dolorosa
Juxta crucem lacrimosa
dum pendebat Filius.

Cuius animam gementem,
contristatam et dolentem,
pertransivit gladius.

Voyez debout la Mère, étouffant de douleurs,
Versant près de la Croix une source de pleurs
Pour son Fils tout prêt d’expirer.

Et d’amour débordant pour son enfant, son Fils,
Son âme gémissante, et triste, est au supplice :
Un glaive ardent l’a déchirée.

Les murailles de Ninive

Repens-toi, Ninive ! – Stances #71


Les murailles de Ninive
Les murailles de Ninive

Dans l’Évangile du jour, Jésus rappelle le sort de Jonas et des Ninivites, que nous devons imiter en ce temps de Carême.

Plie le genou, Ninive, et couvre-toi de cendres ;
Jeûne et fais pénitence, et surtout repens-toi :
Pécheresse, bientôt sur tes tours et tes toits
Le juste châtiment du Seigneur va descendre.

Tremble, ingrate cité remplie d’ignominie,
Ô ville de renom, et grande aux yeux des hommes ;
De tes nombreux péchés, trop énorme est la somme :
Oui, ton mal est trop grand, et ton temps est fini.

Que ton roi, contre un sac irritant, dur et rêche,
Troque ses beaux habits d’or, de pourpre et de soie
Et que chacun répète au plus profond de soi :
« Mon Dieu, j’ai fait le mal, et mon cœur se dessèche. »

Or, si ton repentir est profond et vrai, Dieu
Aura pitié de toi et te laissera vivre.
Celui qui se repend, le Seigneur le délivre
Car Il est juste, bon, et miséricordieux.

Jésus au désert

Éloge du Carême : l’expiation des péchés passés – Stances #68


Jésus au désert
Jésus au désert

Tout au long de l’année, il n’est pas un seul homme
Qui n’ait accumulé une effroyable somme
De monstrueux péchés, hélas, non de vertus ;
Il s’en est repenti, à chaque fois, sans doute,
Mais il n’a pas encor payé ce qu’ils lui coûtent
Et rechigne à le faire, étant un peu têtu.

Sa faible volonté n’a aucune appétence
Pour racheter sa faute et faire pénitence :
Il voudrait sans vouloir et tout seul ne peut rien ;
S’il songe, par moments, lorsque approche le soir,
Qu’il souffrira bien plus au fond du purgatoire,
Sa lâcheté lui dit : « Après la nuit qui vient ! »

Que ferions-nous sans vous, ô sainte Mère Église,
Ô vous qui soutenez nos âmes indécises ?
Mère, vous suppléez à nos vœux inconstants
En imposant à tous de souffrir au Carême
(Médiocre imitation de Celui qui nous aime) :
Expions nos péchés pendant cet heureux temps.

Le jeûneur grognon – Stances #25


Le Christ au désert  (Ivan Kramskoï)
Le Christ au désert (Ivan Kramskoï)

Aujourd’hui, Mercredi des Cendres ! Comme chaque année, le Carême commence avec une journée de jeûne, toujours un peu pénible pour nous autres médiocres.

Le jeûneur grognon

La nuit régnait encor quand je me suis levé,
Mais ce matin ni pain, ni thé chaud, ni tartine,
Et ma bouche inutile a bien pu saliver :
Je n’avalerais pas un bout de clémentine.

C’est la pause café, mais devant mon écran
Je dois rester assis et me faire violence.
Tiens, des bonnes odeurs ! Courage, il faut du cran !
Et mon pauvre estomac qui gargouille et me lance ?

Enfin le déjeuner : un petit bol de riz !
Je n’aurais jamais cru qu’à quelques pauvres graines
Je puisse un seul instant accorder un tel prix !
C’était bon ; c’était peu… Il faut que j’en reprenne !

Non ! Silence. On se tait. Au travail maintenant.
Mais quel est donc ce bruit ? C’est le ventre qui gronde,
Qui ne se soucie pas que cela soit gênant
Et tient à exprimer sa colère à la ronde.

Je rentre du travail, et le long du chemin
Voici des restaurants et des bars grand ouverts :
Ah, pourquoi résister et remettre à demain,
Pourquoi attendre encor pour mettre le couvert ?

Ah, ce terrible jour n’aura-t-il pas de fin ?
Ah, pourquoi sacrifier son repas sur l’autel ?

Celui qui a jeûné quarante jours

Tu n’as jeûné qu’un jour et tu dis avoir faim ?
Depuis combien de temps ton âme jeûne-t-elle ?