Jésus souffrant sur la Croix

Tout croyant doit porter sa croix – Dialogue #8


Jésus souffrant sur la Croix
Jésus souffrant sur la Croix

– Non, je ne puis porter la Croix ;
Ne suffit-il pas que je croie ?
La charge est lourde et le bois dur,
Et ma ferveur jamais ne dure.
Souffrir, hélas, je ne le peux,
Et me contenterai de peu
Pour ma récompense éternelle
Puisque j’aurai vécu sans zèle.
Je laisse la gloire aux grands saints,
Et suivrai mon petit dessein :
Éviter avant tout l’enfer,
Pour le reste, ne pas s’en faire.

Or mon ami me répondit :
– Tu ne veux pas du Paradis ;
Tu le veux trouver sans effort,
Mais le Ciel n’est pas le confort.
Pourtant que la Croix pèse peu !
Uniquement ce que Tu peux,
Voilà quelle est la vraie mesure
A l’égard de la créature.
C’est Jésus qui souffrit le fouet,
Et c’est Jésus que l’on clouait ;
C’est Lui qu’on trahit, qu’on achète,
C’est Lui qu’on moque et qu’on soufflète ;
C’est Lui qu’on renie par trois fois,
C’est en Lui que l’on perd la foi ;
Enfin, c’est Lui, le Dieu, qui meurt :
Mon ami, de quoi as-tu peur ?
Notre Seigneur et notre Roy
A embrassé toute la Croix ;
Pour l’homme, voici ce qu’Il garde :
Il nous a laissé les échardes.

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Saint Jean Baptiste

Saint Jean-Baptiste au désert – Dialogue versifié #7


Saint Jean Baptiste
Saint Jean Baptiste

Le poème de ce jour m’est venu après avoir lu quelques lignes d’un sermon d’Eusèbe de Césarée :

Le prophète parlait ainsi parce que Dieu devait résider dans le désert, ce désert qui est inaccessible au monde. Toutes les nations païennes étaient des déserts de la connaissance de Dieu, inaccessibles aux justes et aux prophètes de Dieu.

Un jour, un juif dit au Baptiste :
– Sans doute c’est Dieu qui t’envoie,
C’est Lui qui parle par ta voix,
Qui veut que chacun se contriste,
Mais éclaire-moi, je te prie :
Pourquoi prêcher dans le désert ?
Est-ce que le sable, les pierres,
Auraient assez reçu d’esprit
Pour comprendre, quand tu les tances,
Qu’elles doivent changer de vie,
Enfin, vraiment, à ton avis,
Vont-elles faire pénitence ?
Tu devrais aller dans les rues
D’une ville bien populeuse,
Et devant la foule nombreuse
Tâcher d’être par elle cru !
Au lieu de quoi, ton auditoire,
Est la poussière et le serpent
(Lui qui jamais ne se repent)
Et les fous qui viennent te voir.
Ô Baptiste, n’es-tu point las
De prêcher dans la solitude,
Dans cet endroit sinistre et rude
Où le public n’est jamais là ?
– L’homme hait les contrées arides,
Que jamais n’arrose la pluie,
Que tous ses semblables ont fui,
Effrayantes étendues vides !
Et tout prophète que je suis,
Crois-tu que je sois moins avide
De vivre dans les lieux humides
Où sont les sources et les fruits ?
Pour moi Dieu seul est ma fontaine,
Et je n’ai d’autre fruit que Dieu.
La solitude est le seul lieu
Qui dans l’univers en soit pleine.
Car pour tout homme juste et pieux,
A qui le monde ne plaît guère,
Les villes sont de grands déserts
Et le désert est plein de Dieu.

A genoux

Pourquoi s’agenouiller ? – Dialogue versifié #4


A genoux
A genoux

Voici le poème que j’ai lu hier sur Radio Courtoisie. L’enregistrement devrait suivre d’ici quelques jours.

– Je vous vis à la messe, et vous épiant parfois,
Je veux vous questionner sur le sens de vos gestes :
Est-ce pour vous donner un air un peu céleste,
Est-ce pour témoigner que vous avez la foi,
Est-ce pour dire à tous : voyez, je suis un juste,
Je suis un homme bon, je suis un vrai chrétien,
Que vous prenez la pose ainsi qu’un pharisien
En pliant les genoux, en inclinant le buste,
En faisant sans arrêt des gesticulations
– En quoi vous ressemblez plutôt aux marionnettes
Qui gigotent beaucoup sans un neurone en tête –
Bref, que répondez-vous à mes accusations ?

– Eh ! Préféreriez-vous qu’au cours de ma prière
Je restasse chez moi, dans le silence, assis,
Comme un corps momifié qui serait en poussière
Au moindre mouvement de ses membres rassis ?

– Non, non, sans doute point ; ce dont je vous accuse
C’est d’être ostentatoire en votre humilité
Et de vous attacher à des futilités
Quand notre foi n’est pas en ces gestes incluse.

– Allons, vous le savez au moins autant que moi :
Ainsi le corps peut-il être la parabole,
Le miroir, l’expression, l’écho, le porte-voix,
D’une âme en dévotion qui vers les cieux s’envole.

– Sous les démonstrations d’une grande piété,
Combien cachent un fond hypocrite et menteur ?
S’ils prient, c’est pour pouvoir éradiquer la peur
D’être montré du doigt par notre société.
Ils viennent à l’office, et font mille mimiques,
Mais à quoi songent-ils ? À leurs petits ennuis.
Sans cesse ils sont distraits par quelque menu bruit,
Et leur esprit s’égare en pensées anarchiques.

– Souvent l’homme chancelle et rechigne à prier ;
Comme un âne à l’effort, il renâcle à la messe.
Que son corps le précède ! Oui, qu’il prie le premier,
Qu’il entraîne après lui l’esprit plein de faiblesse !

– Quoi ! Croyez-vous vraiment ce que vous avez dit ?
Ai-je bien entendu qu’il faut être hypocrite ?
Est-ce donc l’intérêt de tous vos jolis rites :
Entraîner à prier une âme refroidie ?
Mais le corps ne peut rien : vos arguties abstruses,
Vous le savez fort bien, sont de beaux vêtements
Où vous vous réfugiez, mais non des arguments :
A votre indignité vous cherchez des excuses !

– Vous êtes, dans le fond, un peu manichéen,
Et la chair vous paraît quelque chose d’infâme,
Indigne de prier, incapable du moins.
Le corps n’est point du tout le vêtement de l’âme,
Nous ne l’habitons point ainsi qu’une maison,
Ou comme une tortue vit dans sa carapace,
Ou comme un prisonnier au fond de sa prison
Dont les murs bloqueraient les rayons de la grâce.
L’homme est corps, l’homme est âme, il doit unir les deux,
Et ne point diviser ce lien plein de mystère.
Alors, lorsqu’il se met en présence de Dieu,
Que son âme et son corps se lient dans la prière.
Par des signes de croix, par des prosternations,
Par mille mouvements qui sont mille symboles,
Par des cantiques saints et par des processions,
C’est ainsi que le corps gagne son auréole.

LMPT

Dialogue du manifestant et de celui qui n’a pas voulu manifester – Dialogue versifié #3 – Distiques #11


Voici le poème que j’ai lu ce matin à l’antenne de Philippe Maxence sur Radio Courtoisie. Il s’agit d’un dialogue entre deux catholiques qui disputent du bien fondé d’une manifestation après la Manif pour tous de dimanche dernier.

Vous n’étiez pas dimanche à battre le pavé :
J’ai crié votre nom sans pouvoir vous trouver.

Je suis resté chez moi, car tous ceux qui défilent
Se prennent pour des saints et sont des imbéciles.

Tout doux ! Vous insultez jusqu’à ces indécis
Qui sont pourtant venus en me parlant ainsi !

Ah ! Ah ! Manifester ! Quelle inutile chose !
Mais pourquoi plieraient-ils face à vos drapeaux roses ?

A court terme, c’est sûr ; mais dans cinq ou dix ans ?
Nous devons leur montrer que nous sommes présents !

Vous avez essuyé défaite sur défaite,
Mais continuez donc à jouer les prophètes !

Regardez en Espagne : ils font quelques progrès ;
Ces manifestations ont donc un intérêt.

Non, je crois pour ma part qu’il vaudrait mieux débattre :
Nous risquons de passer pour des gens acariâtres.

Ce sont nos ennemis, gonflés de présomption,
Qui refusent toujours d’ouvrir la discussion !

Le nouveau jeu c’est donc : qui criera le plus fort ?
Il vaut mieux dialoguer, et dialoguer encor !

Qui se bouche l’oreille entend des bouts de mots :
Pour qu’il comprenne tout, parlons fortissimo.

Mais vous avez bien vu qu’ils se radicalisent !
C’est avec ces gens-là que doit frayer l’Église ?

Ils sont plus radicaux ? Mais poussons des hourras !
Attaquons la racine, ou tout repoussera.

Avec de tels soutiens, l’opinion aura peur,
Votre combat fût-il le plus saint, le meilleur !

Dieu ne se soucia point des idées des Hébreux
Lorsqu’Il nous envoya Son Enfant bienheureux.

Mais, de toutes façons, Dieu seul est efficace :
Alors laissons-Le faire, et croyons en Sa grâce.

La grâce ? Dites-moi quels sont ses instruments ?
L’un de ses préférés, c’est l’homme, simplement.

Fort bien, dans ce cas-là, le mieux, c’est la prière,
Et non de défiler, comme on fit avant hier.

Je crois que la lutte est politique avant tout :
Donc, de la politique, usons tous les atouts.

C’est privé, la famille, et nous aurions bien tort
De vouloir la défendre en défilant dehors.

C’est une institution et publique et privée :
Pour preuve, la changer, c’est changer la cité.

Nous ne parviendrons point à nous mettre d’accord :
Je garde mon avis, jouez au matamore !

Vous voyez que débattre, au fond, ne mène à rien :
Manifestez ! Peut-être atteindrez-vous vos fins !