Saint Pie X

Saint Pie X – Graduel


Graduale. Ps. 39, 10-11.
Annuntiávi iustítiam in cœtu magno ; ecce lábia mea non cohíbui : Dómine, tu nosti.
V/. Iustítiam tuam non abscóndi in corde meo ; fidelitátem tuam et auxílium tuum narrávi.

Saint Pie X
Saint Pie X

Devant le peuple, j’ai parlé ;
Non, je n’ai point fermé les lèvres
Ni prononcé des choses mièvres
Qui plaisent aux écervelés.

Mais j’ai dit : « Voici la justice.
Ô mon peuple, aime, espère et crois,
Ou meurs sous le coup de la loi,
Car il n’est pas de subreptice. »

Non, mon cœur n’est pas un coffret
Qui dans l’ombre garde un trésor ;
C’est un phare près du grand port
Qui dispense partout ses rais.

Je n’ai point jeté ma lumière,
Mais celle de Votre salut
Afin de guider les élus
Vers la demeure de leur Père.

Texte de la Vulgate :

Annuntiavi justitiam tuam in ecclesia magna ; ecce labia mea non prohibebo : Domine, tu scisti.
Iustitiam tuam non abscondi in corde meo ; veritatem tuam et salutare tuum dixi.
(On note plusieurs changements notables : ecclesia pour coetu, veritatem pour fidelitatem, et salutare pour auxilium. Indéniablement, le texte de saint Jérôme a un caractère autrement plus spirituel que celui du cardinal Béa, employé dans le missel. On pourrait aussi parler de la différence entre nosti et scisti : le premier vient de nosco, qui veut dire apprendre, le second de scio, qui veut dire simplement connaître. Or, on voit mal comment Dieu pourrait apprendre quoi que ce soit, puisqu’Il connaît tout de toute éternité. Nosco désigne donc un processus, dont nosti est l’aboutissement, d’où le sens de savoir, tandis que scio désigne un état, ce qui est plus conforme à la nature intangible de Dieu.)

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Saint Cyprien de Carthage - Meister von Meßkirch

Saint Corneille et saint Cyprien – Sixième leçon des matines (avant 1960)


Saint Cyprien de Carthage - Meister von Meßkirch
Saint Cyprien de Carthage – Meister von Meßkirch

Du Livre de saint Jérôme, Prêtre : Des écrivains ecclésiastiques.
Sixième leçon. Cyprien, africain d’origine, enseigna d’abord la rhétorique avec beaucoup d’éclat. Puis, s’étant fait chrétien, à la persuasion de Cécilius, dont il choisit le nom pour l’ajouter au sien, il donna aux pauvres toute sa fortune. Peu de temps après, il fut élevé au sacerdoce, et enfin nommé Évêque de Carthage. Il serait superflu de parler de son génie, puisque ses œuvres sont plus brillantes que le soleil. Il endura le martyre sous le règne de Valérien et de Gallien, dans la huitième persécution, le même jour que Corneille souffrit à Rome, mais non la même année.

Que valent les beautés de l’art de l’orateur
Si l’on ne les fait pas esclaves du Seigneur ?
C’est ainsi que, savant en cet art, Cyprien
Aux pauvres indigents abandonna ses biens,
Et reçut sans tarder l’eau pure du Baptême.
Le voici prêtre, évêque, et de ce Dieu Qu’il aime,
Il répand plein d’ardeur la doctrine sacrée,
Prononce des discours aussi saints qu’admirés,
Et donne aux rudes mots qui cachent des merveilles1
La splendeur et l’éclat des rayons du soleil.
Mais ce n’est rien encor que d’être un écrivain
Qui parle sagement des mystères divins :
Quand les persécutions secouèrent l’empire,
Dieu remit à Son saint la palme du martyre.

1 Du temps de saint Cyprien, la Bible paraissait aux oreilles latines et grecques quelque peu barbare, stylistiquement parlant. Les canons stylistiques hébraïques n’étant pas du tout les mêmes que ceux des Gréco-Romains, le texte biblique avait pour ces lettrés habitués à la rhétorique cicéronienne quelque chose de déplaisant. Les païens ne manquaient pas de se moquer de la pauvreté (à leurs yeux aveugles) du texte biblique, mais les chrétiens cultivés étaient, de leur côté, gênés. Les Pères latins n’ont pas manqué de répondre aux attaques par des arguments divers et parfois contradictoires, mais non sans intérêt.