Conversion de saint Augustin - Bienheureux Fra Angelico

Le meurtre et l’adultère – Le Décachorde de saint Augustin


Conversion de saint Augustin - Bienheureux Fra Angelico
Conversion de saint Augustin – Bienheureux Fra Angelico

Dernier extrait du Décachorde de saint Augustin. (Première et deuxième partie)

12. […] Si, ce qu’à Dieu ne plaise, on commet un meurtre au milieu de vous, vous voulez chasser le coupable de son pays, le bannir à l’instant même, quand il est possible. Vous détestez le voleur et refusez de le voir. Un faux témoin est pour vous un objet d’abomination, il ne vous paraît pas un homme. On estime comme un ravisseur et comme un injuste celui qui convoite les propriétés d’autrui. On aime au contraire et on caresse celui qui se prostitue avec ses servantes ; ici le crime n’est qu’un jeu ; et s’il se rencontre un homme qui se prétende chaste, exempt d’adultère et le soit manifestement, il rougit de paraître devant qui ne l’imite point, il craint d’être insulté, tourné en dérision et de passer pour n’être pas un homme. Ainsi la perversité humaine en est venue à faire considérer comme un homme celui qui est vaincu par la passion, tandis qu’elle regarde comme n’en étant pas un celui qui en est vainqueur. Les uns tressaillent de leur victoire et ils ne sont pas des hommes ! Les autres demeurent abattus dans la défaite et ils sont des hommes ! Si tu étais au spectacle, le gladiateur étendu sous les pieds du lion te paraîtrait donc plus fort que le gladiateur qui fait tomber le lion sous son glaive ? (Traduction de l’abbé Jean-Pierre Raulx)

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Le malade et le médecin – Le Décachorde de saint Augustin


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Conversion de saint Augustin – Bienheureux Fra Angelico

Voici un deuxième extrait du Décachorde de saint Augustin (Première partie).

4. […] Pour nous, frères, nous considérons vos dangers et non vos volontés. Quel médecin guérirait le malade, s’il faisait attention à sa volonté ? Qu’on ne fasse donc pas ce qui n’est pas à faire, qu’on ne fasse pas ce que Dieu défend. Qui croit en Dieu, entend de lui ce que nous disons ici ; et s’il en est quelques-uns qui refusent de se corriger, mieux vaudrait pour eux sans aucun doute que nous ne soyons pas venus pour parler ainsi, ou qu’après être venus dans ce dessein nous ne l’exécutions pas.
9. […] En effet, les hommes ainsi disposés succombent à cette pensée ; ils disent : Dieu ne devrait-Il pas s’abstenir de nous menacer, de faire entendre par ses prophètes ce qui est de nature à détourner de Lui ? Ne devrait-Il pas, avant de venir, user d’indulgence envers tous, pardonner à tous, venir ensuite et ne jeter personne dans l’enfer ? Ainsi, parce que tu es injuste, tu veux que Dieu le soit ! Dieu veut te rendre semblable à Lui, et tu travailles à rendre Dieu semblable à toi ? Aime donc Dieu tel qu’Il est, et non tel que tu veux qu’Il soit. Car tu es mauvais et tu désires que Dieu soit comme toi plutôt que comme Il est. Mais si tu L’aimes tel qu’Il est, tu te corrigeras, et tu soumettras ton cœur à cette règle dont s’écarte aujourd’hui ta difformité. Aime Dieu tel qu’Il est, chéris-Le tel qu’Il est : pour Lui Il ne t’aime pas, Il te hait plutôt tel que tu es. Sa compassion consiste à te haïr tel que tu es pour te rendre ce que tu n’es pas encore 1. […]
10. Considère un malade. Il se hait en tant que malade et par là, il commence à s’entendre avec le médecin, qui le hait aussi comme malade. Si en effet il combat en lui la fièvre, c’est qu’il veut le guérir ; il lutte contre le mal, pour en délivrer celui qui l’endure. L’avarice et l’amour déréglé, la haine et la concupiscence, la luxure et la folie des spectacles sont aussi comme les fièvres qui dévorent ton âme, et tu dois les haïr avec le médecin. […] Combien il en coûte aux malades de prendre de la nourriture ! Ils préfèrent le moment de leur accès au moment où il faut manger. Cependant, ne s’efforcent-ils pas comme le veut le médecin ? Et malgré toute leur répugnance, ils se domptent pour accepter quelque chose. […] (Traduction de l’abbé Jean-Pierre Raulx)

1 Si cette phrase vous scandalise, relisez-la plusieurs fois.

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Plein de miséricorde et de vérité – Le Décachorde de Saint Augustin


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Conversion de saint Augustin – Bienheureux Fra Angelico

A lire le Décachorde de saint Augustin, on est frappé de l’actualité de ce sermon prononcé il y a un millénaire et demi. On croirait qu’il réplique aux arguments fallacieux de monseigneur Kasper, Marx, et consorts, sur la question de la dureté du coeur de l’homme, de la miséricorde divine, de l’adultère, etc. Aux paroles venimeuses qui engourdissent, le saint docteur répond par des arguments francs, mais profonds, que je vous invite à lire.

Voici donc un premier extrait de ce long et admirable sermon:

1. Le Seigneur notre Dieu est clément et compatissant, Il est lent à s’irriter et plein de miséricorde et de vérité : mais autant Il prodigue la miséricorde dans ce siècle, autant Il menace d’un jugement sévère dans le siècle futur. […] Ce qui plaît singulièrement aux pécheurs et aux amis de ce siècle, c’est que « le Seigneur est clément et compatissant, lent à punir et plein de miséricorde ». Mais si tu es heureux de ces doux traits sous lesquels Il se peint, redoute aussi ce dernier : « et plein de vérité ». S’il était dit seulement : « Le Seigneur est clément, compatissant, lent à punir, et plein de miséricorde », tu pourrais songer peut-être à l’impunité, à la sécurité, à la licence du mal, faire ce que tu veux, user du siècle autant qu’il est permis ou que la passion t’y porterait. Si alors de sages avertissements essayaient, par le reproche et la terreur, de t’engager à ne point te laisser aller sans frein à tes passions et à l’oubli de ton Dieu, tu pourrais interrompre ces importuns, lever hardiment le front, citer une autorité divine et lire en quelque sorte dans un livre sacré : Pourquoi me faire peur de notre Dieu ? « Il est clément, compatissant et plein de miséricorde. » Mais pour ôter aux hommes ce prétexte, le prophète ajoute un dernier mot : « Et plein de vérité », dit-il. Ainsi il tarit la joie d’une téméraire présomption et invite à la crainte de la pénitence. Que la miséricorde de Dieu provoque donc nos transports, mais que sa justice nous pénètre de frayeur. […] Ceux qui ne veulent pas, et ils sont nombreux, garder la fidélité à leurs épouses, voudraient que je ne dise rien de ce sujet. Mais, qu’ils y consentent ou s’y opposent, j’en parlerai. Car si je ne vous engage point à vous accorder avec la parole de Dieu, je demeurerai moi-même en guerre avec elle. Celui qui vous commande d’agir, nous commande de parler. Si vous êtes ses adversaires en ne faisant pas ce qu’il vous commande de faire, nous resterons aussi ses adversaires en ne disant pas ce qu’il nous commande de dire. (Traduction de l’abbé Jean-Pierre Raulx)