Dix petits grains de messe – 1 – Confitebor tibi in cithara…

Saint Padre Pio priant au bas de l'autel
Saint Padre Pio priant au bas de l’autel

1 – Confitebor tibi in cithara

Les prières au bas de l’autel ont toujours été de mes prières favorites. Lorsque les rubriques le demandent, il arrive qu’elles soient supprimées (c’est le cas lors de la messe de Minuit à Pâques) et leur absence se fait toujours ressentir. Cela dit, il n’y a guère que pendant les messes basses qu’on peut vraiment les dire et se recueillir en elles, et plus encore lorsqu’on a le privilège de servir.

Pourquoi me plaisent-elles, je ne le sais pas exactement. Peut-être parce que c’est la seule partie de la messe qui rappelle les offices avec leurs litanies de psaumes embrassés par les antiennes. Toujours est-il que, chaque fois que j’entre dans une église, je les récite intérieurement en allant du baptistère au tabernacle, accomplissant ainsi ce que dit l’antienne et ce qu’on faisait jadis au témoignage de Saint Ambroise1.

Il y aurait beaucoup à dire sur ces prières et j’ai hésité longuement ; que choisir ? l’antienne ? La doxologie ? Le remarquable « adjutorium nostrum… », dont le sens m’échappa longtemps ? Le Confiteor ? Les oraisons lors de la montée des marches ?

Il m’a semblé toutefois que je ne pouvais négliger cette petite phrase que j’ai mise en guise de titre et qui peut se traduire ainsi :

« Je Vous louerai, ô Sire,
De ma voix et ma lyre. »

On me dira peut-être que j’extrapole un peu en disant « de ma voix », mais il ne faut pas oublier que la lyre est le seul instrument permettant d’accompagner la voix contrairement à la flûte2. C’est l’instrument de l’aède qui chante l’Odyssée comme du chanteur de rock à l’heure actuelle (les chanteurs et les chansons sont comme les rois : les peuples les méritent).

Pourquoi donc avoir choisi ce passage ? « De la musique avant toute chose »3, disait Verlaine qui, lui aussi, écrivit des poèmes directement inspirés de la liturgie4. N’est-ce pas, pour un versificateur, même de second ordre, un élément capital ? Longtemps, d’ailleurs, je ne suis allé à la messe que pour la beauté des cérémonies et tout particulièrement de la musique.

Orgue
Orgue

La musique ! N’est-ce pas un des composants les plus frappants d’une messe ? Imaginez un béotien infidèle qui rentrerait pour la première fois dans une église lors de la célébration : ses yeux ne verraient nul sacrifice, qui est pourtant l’essentiel, mais ses oreilles percevraient aussitôt qu’on chante et qu’on joue de l’orgue – et à qui ? même les incroyants savent que c’est à Dieu qu’on adresse ces chants.

Il me semble que ce verset a une valeur de programme : il annonce une grande partie de ce que sera la messe : au moment même où le prêtre prononce ces paroles, lors de la grand-messe, le chœur est en train de chanter l’Introït, puis il chantera le Kyrie, le Gloria, le Graduel, etc. Tout au long de la cérémonie, selon l’ordre, il chantera, plus ou moins accompagné de l’orgue qui remplace ici la lyre dont parle le psalmiste.

Ce chant du chœur est devenu pour moi particulièrement important depuis que j’ai été invité à y participer, il y a quelques mois. Désormais, ma voix hésitante et peu assurée résonne de concert lors du chant des principales pièces grégoriennes et de quelques polyphonies.

Ce chant, je le poursuis bien après la sortie de l’église : n’est-ce pas en effet l’objet de ce blogue que de faire entendre les différentes pièces de la messe sous une forme poétique ? Certes, il n’est plus de lyre pour accompagner les paroles, mais c’est la langue elle-même qui se charge de la musique, et les jeux des rimes remplacent ceux de l’orgue.

Ernst Josephson - David et Saül
Ernst Josephson – David et Saül

Enfin, lorsque je prête un petit peu attention à ce psaume, je ne puis m’empêcher de songer au roi David dont la Vulgate nous dit qu’il l’a composé. Je sais que l’abbé Lebrun, dans son explication de la messe5, dit qu’il ne s’agit probablement pas de David, et je veux bien le croire6. Mais enfin, comment ne pas songer à David pourchassé par Saül ? Je l’imagine chanter à Dieu ses malheurs, avec confiance néanmoins, puisqu’il a été sacré déjà par Samuel. Je l’imagine dans la grotte même où il découpera le manteau de Saül pour ne point tuer l’oint du Seigneur, et les parois de la caverne renvoient l’écho de ses plaintes pleines de foi comme les voûtes des églises. David était un excellent musicien : lui seul parvenait à calmer l’esprit du roi agité par un esprit malin ; à plus forte raison devait-il toucher le cœur de Dieu qui le voyait lui, l’innocent, pourchassé par Saül comme plus tard Son Fils serait pourchassé par un mauvais roi qui craignait qu’on le dépossédât de son trône, et qui serait ensuite livré injustement par Son propre peuple à la justice des Gentils. David ici préfigure clairement le Christ dans la bouche de qui tous les commentateurs mettent les paroles du psaume 427.

Ainsi, même si ces paroles n’ont pas été prononcées véritablement par David, ce n’est pas sans piété qu’on pense à lui en lisant ce psaume et ces pensées, loin de nous éloigner de la messe, ne font que nous en rapprocher.

1Abbé Lebrun, Explication littérale historique et dogmatique des prières et des cérémonies de la Messe, suivant les anciens auteurs et les monumens de toutes les Églises du monde chrétien, Perisse, 1860, p.99. Première édition : 1716.
Je recommande chaudement la lecture de cet ouvrage qui est fastidieuse si on cherche à le lire d’une traite, et fort intéressante si on n’en lit qu’un petit morceau par jour. Ce genre de lecture est d’ailleurs facilitée par la division du livre en nombreuses parties dont certaines ne font que quelques lignes.
On pourra le consulter en ligne ici : http://jesusmarie.free.fr/pierre_lebrun_liturgie_tome_1.pdf

2Qui en plus déforme les traits du visage d’après Alcibiade, chez Plutarque, mais c’est un autre problème.

3Paul Verlaine, « Art poétique », in Jadis et Naguère.

4À commencer, bien évidemment, par Liturgies intimes.

5Ibid p. 100.

6Dom Guéranger pense le contraire : Explications des prières de la sainte messe, dans la partie « Psaume Judica » : « Le verset qui sert d’Antienne, nous prouve que David était encore jeune lorsqu’il composa ce chant à la gloire du Seigneur ». Je ne dispose pas de la version papier de cet ouvrage, malheureusement et ne puis que vous renvoyer vers la page où j’ai pu le consulter : https://www.domgueranger.net/explication-des-prieres-de-la-sainte-messe/.

7Voir par exemple l’abbé Olier, Explications des cérémonies de la Grand’messe de paroisse selon l’usage romain, Poussielgue-Rusand, 1858, p. 140 et suivantes.
On pourra le trouver ici : https://play.google.com/store/books/details?id=Nvq-gW1R9XoC&rdid=book-Nvq-gW1R9XoC&rdot=1

Publicités

Une réflexion sur “Dix petits grains de messe – 1 – Confitebor tibi in cithara…

  1. Ping : Dix petits grains de messe – Préambule – O Crux ave spes unica

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s