Pourquoi s’agenouiller ? – Dialogue versifié #4

A genoux
A genoux

Voici le poème que j’ai lu hier sur Radio Courtoisie. L’enregistrement devrait suivre d’ici quelques jours.

– Je vous vis à la messe, et vous épiant parfois,
Je veux vous questionner sur le sens de vos gestes :
Est-ce pour vous donner un air un peu céleste,
Est-ce pour témoigner que vous avez la foi,
Est-ce pour dire à tous : voyez, je suis un juste,
Je suis un homme bon, je suis un vrai chrétien,
Que vous prenez la pose ainsi qu’un pharisien
En pliant les genoux, en inclinant le buste,
En faisant sans arrêt des gesticulations
– En quoi vous ressemblez plutôt aux marionnettes
Qui gigotent beaucoup sans un neurone en tête –
Bref, que répondez-vous à mes accusations ?

– Eh ! Préféreriez-vous qu’au cours de ma prière
Je restasse chez moi, dans le silence, assis,
Comme un corps momifié qui serait en poussière
Au moindre mouvement de ses membres rassis ?

– Non, non, sans doute point ; ce dont je vous accuse
C’est d’être ostentatoire en votre humilité
Et de vous attacher à des futilités
Quand notre foi n’est pas en ces gestes incluse.

– Allons, vous le savez au moins autant que moi :
Ainsi le corps peut-il être la parabole,
Le miroir, l’expression, l’écho, le porte-voix,
D’une âme en dévotion qui vers les cieux s’envole.

– Sous les démonstrations d’une grande piété,
Combien cachent un fond hypocrite et menteur ?
S’ils prient, c’est pour pouvoir éradiquer la peur
D’être montré du doigt par notre société.
Ils viennent à l’office, et font mille mimiques,
Mais à quoi songent-ils ? À leurs petits ennuis.
Sans cesse ils sont distraits par quelque menu bruit,
Et leur esprit s’égare en pensées anarchiques.

– Souvent l’homme chancelle et rechigne à prier ;
Comme un âne à l’effort, il renâcle à la messe.
Que son corps le précède ! Oui, qu’il prie le premier,
Qu’il entraîne après lui l’esprit plein de faiblesse !

– Quoi ! Croyez-vous vraiment ce que vous avez dit ?
Ai-je bien entendu qu’il faut être hypocrite ?
Est-ce donc l’intérêt de tous vos jolis rites :
Entraîner à prier une âme refroidie ?
Mais le corps ne peut rien : vos arguties abstruses,
Vous le savez fort bien, sont de beaux vêtements
Où vous vous réfugiez, mais non des arguments :
A votre indignité vous cherchez des excuses !

– Vous êtes, dans le fond, un peu manichéen,
Et la chair vous paraît quelque chose d’infâme,
Indigne de prier, incapable du moins.
Le corps n’est point du tout le vêtement de l’âme,
Nous ne l’habitons point ainsi qu’une maison,
Ou comme une tortue vit dans sa carapace,
Ou comme un prisonnier au fond de sa prison
Dont les murs bloqueraient les rayons de la grâce.
L’homme est corps, l’homme est âme, il doit unir les deux,
Et ne point diviser ce lien plein de mystère.
Alors, lorsqu’il se met en présence de Dieu,
Que son âme et son corps se lient dans la prière.
Par des signes de croix, par des prosternations,
Par mille mouvements qui sont mille symboles,
Par des cantiques saints et par des processions,
C’est ainsi que le corps gagne son auréole.

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